Le Corps Mémoire

Association pour une pédagogie du développement personnel

Pour mémoire n°4 :

Causalité, quand tu nous tiens ! (2/7)

 

Les dimensions de la causalité

 

19/09/98

Préambule

Le paradigme holographique donne à supposer que l’entièreté du monde est partout. Ce n’est pas que je voyage dans le temps et dans l’espace, c’est que tout est là, présent. Mais ma représentation du monde m’empêche de percevoir que tout est là.

Pourtant nous pouvons en avoir une perception intuitive : Quand on dit à quelqu’un : "Je te vois venir" (pour je reconnais l’intention que tu manifestes), cela suppose que l’on perçoive dans ce que montre la personne qui est pourtant présente ici et maintenant quelque chose qui se situe ailleurs dans l’espace et dans le temps. Je te vois venir d’un ailleurs dans le passé. On dit aussi : "Je vois où tu veux en venir". Il s’agit alors d’un ailleurs dans le futur.

Vous me suivez ?!

 

Qu'est-ce qu’un hologramme ?

Littéralement : inscription du tout.

"... un laser émet un rayon dans lequel toutes les ondes sont d’une seule fréquence, comme celles qui sont faites par un caillou idéal dans un étang parfait . Quand deux rayons laser se touchent, ils produisent un pattern d’interférences d’ondes de lumière et d’obscurité qui peut être enregistré sur une plaque photographique. Et si l’un des rayons, au lieu de venir directement du laser, est réfracté d’abord sur un objet comme un visage humain, le pattern résultant sera vraiment très complexe, mais il peut toujours être enregistré. L’enregistrement sera un hologramme du visage." Lyall Watson.

Que retenir de cela ?

- Une fois l’hologramme réalisé, en plaçant l'œil devant la plaque photo illuminée par le laser, on peut voir, par exemple, le visage en trois dimensions et ce depuis un grand ensemble de points de vue possibles. Par exemple un profil ou l’autre.

- Il n’y a pas de lentille, pas d’objectif pour objectiver, pas d’objet représenté à la surface de la plaque photo.

- Le plus important peut-être, c’est que n’importe quelle partie de l’hologramme contient de l’information sur l’ensemble. Si vous cassez la plaque, vous pourrez encore voir le visage mais avec moins de détails et depuis moins de points de vue.

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Les dimensions de la causalité

19/09/98

Nos représentations de la causalité et en particulier des causes conscientes ou inconscientes de nos comportements sont liées à, et limitées par nos représentations de l’espace et du temps.

Voilà un des résumés possibles de ce numéro.

 

Ces représentations de la causalité peuvent se dessiner dans des espaces à n dimensions.

Essayez de dessiner un discours argumenté et vous verrez. Selon le contenu du discours, vous aurez des dessins qui tiendront en une, deux, rarement trois dimensions.

Je dessine pour vous :

Exemple : Chômeurs ----> Chômage. (Je plaisante).

Ou alors :

C’est le modèle de l’analyse multifactorielle. La pollution a plusieurs causes : Premièrement... , deuxièmement... , troisièmement....

Ensuite on peut ajouter à ce modèle plusieurs plans d’analyse. Par exemple pour un individu on pourrait définir des critères qui détermineraient une forme géométrique sur chaque plan comme celui de la créativité, le plan relationnel, le plan cognitif, le plan de la curiosité et ainsi de suite.

Imaginons aussi, pourquoi pas, des pondérations, sur le modèle de la gravitation : Sur les grosses planètes, les pommes tombent plus vite. Certaines causes auraient plus de poids, plus de force que d’autres, déformeraient le "champ causal" par endroit.

A la limite, on peut imaginer un individu comme le siège de pressions sociales multiples et équilibrées à l’externe comme à l’interne. On peut se représenter le projet de vie de cette manière.

Un ensemble composite de forces socio-psychiques internes détermine une intensité résultante et répond avec plus ou moins de bonheur à des pressions externes. Le tout est dynamique et systémique : des changements externes modifient la pression interne et impliquent des changement internes et réciproquement. Toujours en perpétuel mouvement et rééquilibrage.

Comme l’individu a une certaine épaisseur, cela peut se dessiner en perspective pour donner une idée d’une troisième dimension. En passant, je note le lien entre la capacité à dessiner et à se représenter un espace à plusieurs dimensions : au delà de la troisième, c’est difficile.

Cela donnerait un dessin comme le suivant mais avec du volume, que je vous laisse imaginer, avec un haut et un bas, un Nord et un Sud, un Est et un Ouest.

Cette représentation nécessite une vision de l’individu séparé du reste du monde, en interaction, mais séparé. Mais on peut tout à fait concevoir une frontière plus ou moins perméable, concevoir un individu traversé par des champs de force socio-psychique.

On peut aussi compliquer le dessin, sans changer de dimension, en pondérant les pressions fortes ou faibles par la longueur des flèches, en indiquant l’importance hiérarchique de la pression par la largeur de la flèche ou son diamètre.

L’inconscient n’est pas représenté ici, mais il serait possible d’ajouter des couleurs ou une intensité de couleur pour indiquer une valeur entre l’inconscience totale et la conscience totale.

Tout cela ne changerait rien au nombre de dimensions de la représentation.

Ensuite, on peut déplacer le tout dans le temps. Un bon dessinateur parviendrait à en faire une animation que l’on pourrait filmer. Ce film nous ferait visualiser une analyse de la causalité en 3D, multifactorielle, pondérée (longueur), structurée (largeur), et paramétrée (couleur) que l’on pourrait nommer "Tracé de vie" ou "Evolution du projet de vie à travers le temps". Une forme mouvante évoluerait sur l’écran.

Visualisez-la, je vous prie. Eventuellement, relisez le paragraphe.

Question : Que se passe-t-il si le film dure plus longtemps que la vie de l’individu ?

Avant, il n’y a pas d’individu - mais il peut y avoir un projet - ensuite il y a apparition, évolution dans la manifestation, puis disparition.

C’est à dire qu’au début, il n’y a que des pressions externes qui sont en fait dirigées vers l’extérieur, une dépression de l’espace causal, vulgairement parlant, un désir d’enfant. Ensuite se déploie la forme individuelle, plus ou moins ample, plus ou moins cabossée, mais toujours en équilibre. A la fin, il n’y a plus que des pressions externes qui viennent petit à petit restreindre le déploiement de la forme individuelle et finissent par combler le vide. Sauf éventuellement pour des individus qui ont marqué leur passage dans l’histoire et qui laissent une trace externe plus ou moins difficile à combler, comme par exemple un fauteuil vide laissé par un président de la république. C’est ainsi qu’il est plus facile de se prendre pour Napoléon que pour VGE.

Et les individus entrent et sortent du film, apparaissent dans la manifestation et retournent à la non-manifestation.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien en dehors du film. Vous savez bien que quand vous regardez un film, vous allez ensuite sortir du cinéma, que la vie est plus grande que le film, que le réel est plus grand que ce que l’on se représente et que le chapeau de ma tante est plus petit que le jardin de mon oncle !

 

Bien. J’espère que vous m’avez suivi jusqu’ici parce que ce que je voulais vraiment vous dire, malgré tout l’intérêt de ce qui précède, c’est que le modèle exposé ci-dessus est calqué sur une représentation mécanique des forces qui appartient à la physique classique et qui est dépassée. Je suis au regret de devoir vous informer que depuis 1915 environ, nous ne vivons plus dans un espace à trois dimensions se déplaçant dans un temps à une dimension. Depuis cette époque, quelques physiciens ont quitté notre monde des représentations pour vivre dans un continuum espace-temps à quatre dimensions. Le problème est qu’il n’ont pas laissé en partant de dessinateur capable d’inventer une nouvelle perspective !

 

Ici, si j’avais beaucoup de temps et vous beaucoup de patience je devrais vous exposer plusieurs autres façons d'appréhender l’espace, le temps, la causalité, tout cela pour introduire un peu de souplesse dans nos vieux esprits rouillés.

Voici juste quelques exemples, pour le reste reportez-vous à la bibliographie

 

o La représentation holographique du temps et de l’espace "suggère que l’information concernant l’univers entier est impliée dans toutes ses parties". Dans cette perspective, la réalité "doit être comprise, non comme un assemblage d’objets ou entités séparées, mais comme un processus de plénitude indivise en état de flux et de changement constant. N’importe quel événement, objet ou entité, observable et descriptible, quel qu’il soit, est abs-trait, d’un flux uni, indéfinissable et inconnu, le holomouvement." Stanislav Grof. Préface de "La plénitude de l’univers" de David Bohm.

Ce qui veut dire, pour ce qui nous intéresse, que la mémoire de l’univers est accessible en chacune de ses abstractions dont vous et moi.

 

o La représentation formative de la causalité nous propose de montrer que les causes ont leur support dans des formes, y compris dans des formes de comportement. Un comportement souvent répété, la forme d’un être ou la structure d’un cristal, creuseraient une "chréode", une vallée morphogénétique importante qu’il serait plus facile de reproduire. Rupert Sheldrake s’est intéressé d’abord aux formes biologiques. Pour lui, rien ne dit que les formes des êtres vivants soient inscrites dans leurs codes génétiques (ce que l’on entend partout). D’où vient la forme d’un être humain ? On ne sait pas, même si on vous dit que les plans sont inscrits dans les molécules d’ADN. Sheldrake suggère plutôt que ces molécules soient des récepteurs de "champs de forme".

Qu’est-ce qui informe ? C’est la forme. Quoi de plus évident ?

Quel est l’intérêt de ce point de vue pour nous ? C’est que la forme n’a pas besoin d’énergie pour se transporter à travers le temps et l’espace qu’elle ignore. Pas besoin d’énergie pour informer.

N’importe quelle onde émotionnelle peut résonner jusqu’à moi, de n’importe quel point de l’espace-temps sans que j’aie à me demander quel chemin et quel moyen de transport elle a pris.

 

o L’hypothèse d’un espace à plus de trois dimensions est régulièrement faite aussi.

Imaginez des êtres vivants et conscients en forme de vers de terre sur une surface quelconque. Ces êtres vivent dans une représentation de l’espace à deux dimensions. Un plan. Imaginez que nous, qui vivons dans un espace à trois dimensions, ayons le pouvoir de faire traverser un anneau perpendiculairement au plan de vie de ces êtres.

Que verraient-ils ? D’abord un point, puis deux points s’éloignant à grande vitesse, puis ralentissant leur course, et enfin se rapprochant de plus en plus vite pour fusionner et disparaître. Quelle cause pourraient-ils attribuer au mouvement de ces points ? Aucune qui corresponde à un objet se déplaçant dans une troisième dimension puisque leur univers n’en compte que deux. Transposez maintenant cette histoire (que j’ai entendue exposée par Barasab Nicolescu) dans notre univers et vous aurez une idée de ce que nous ne pouvons pas imaginer, c’est à dire que des causes ou des informations causales se transportent dans d’autres dimensions que nous ignorons.

Ces hypothèses n’ont pas seulement à voir avec la science-fiction. Elles sont même nécessaire à certaines théories comme les théories des cordes qui "semblent n’être valables que si l’espace temps a dix ou 26 dimensions au lieu de nos quatre habituelles". (Stephen Hawking. Une brève histoire du temps).

Une fois toutes ces manières de se représenter la causalité passées en revue, et quelle que soit celle que l’on préfère ou celle qui nous semble le plus approcher la réalité, nous sommes finalement contraints à remarquer que nous nous situons toujours dans le monde au travers du filtre d’une représentation, moins étroite, certes, mais une représentation malgré tout.

Quel intérêt à ce changement ?

Eh bien c’est d’être plus à l’aise, d’avoir plus de place, de pouvoir concevoir une place dans nos représentations pour nos sensations, nos intuitions. Plus nos représentations seront larges, plus elles pourront englober de situations de vie, de situations senties, de situations psychiques. Ce que je sens dans tel et tel moment, face à tel événement ou ce qui me vient de mes souvenirs ne sera plus rejeté hors du monde des représentations comme inexistant. Ouf ! C’est bien pour cela que j’écris, pour trouver un monde des représentations à ma taille, parce qu’il me manque des ouvertures dans le monde des représentations que l’on m’a proposé, celui dans lequel je suis venu au monde, pour que j’y trouve ma place.

Pas vous ? ha bon.

A partir de là, il reste une question. Agrandir les murs de la prison ne change pas sa nature de prison. Sauf si ma prison est tellement grande qu’il n’y a rien d’autre qu’elle, et donc qu’elle ne mérite plus le nom de prison qui concerne un espace (à autant de dimensions que vous voudrez) plus petit inclus dans un espace plus grand.

Mais en attendant, il n’en reste pas moins vrai que pour l’instant notre fonction représentationnelle est limitée. La plupart des gens s’en tirent, j’allais dire très bien mais c’est exagéré, en vivant dans un monde des représentations de dimension 2. Ils vivent dans une sorte de western permanent un tout petit peu complexifié pour faire bien. Un western psychologique, disons. Les méchants sont la cause du malheur des gentils, mais les gentils ont un bon fond qui les sauvera malgré tout. La complexité consiste à ajouter au scénario habituel la phrase: "Sauf que ce n’est pas aussi simple..." Ne riez pas, ça nous guette à tous les coins de rue. "Tiens je me sens fatigué, je dois manquer de vitamine" ou bien "Il y aurait beaucoup moins de chômeurs s’ils voulaient bien chercher du travail." Causalité quotidienne banale de dimension 1. Vous pouvez être très cultivé et ne jamais vous interroger sur la complexité de vos représentations, autrement dit savoir beaucoup, et éventuellement le faire savoir, mais toujours sur le même mode représentationnel. Comme si vous aviez énormément de westerns en mémoire, mais rien que des westerns.

Si notre capacité à nous représenter le monde est si limitée, à quoi bon écrire tout un numéro du journal sur ce thème ? Effectivement, cela peut sembler inutile. Sauf peut être à montrer une forme d’impasse.

Si on ne soupçonne pas les limites de nos capacités de représentation, on peut penser assez naturellement se représenter le monde correctement. Première source de malentendu avec nos congénères.

Par ailleurs, à défaut d’une représentation qui puisse englober toutes nos sensations, on risque de devoir se créer un certain nombre de catégories cloisonnées, d’explications inutiles, de croyances réductrices pour donner place aux sensations qui n’en ont pas. C’est à dire qu’au lieu d’élargir le monde de ses représentations, on vit dans plusieurs mondes des représentations et on passe successivement de l’un à l’autre en fonction de la partie du réel qui se présente ou bien on s’isole dans une secte, on tente de sectionner son monde du monde pour protéger ses croyances de ceux qui n’y croient pas. (Ne souriez pas, en ce sens tout un chacun fait partie d’une secte, ceux qui l’ignorent font simplement partie d’une secte dominante et croient leurs croyances normales.)

L’évaluation d’un mode de représentation devrait donc se faire en fonction de sa capacité à s’élargir, à s’ouvrir et à en englober d’autres de manière aussi vaste que possible. Elle doit viser à n’exclure rien du réel, à tout comprendre. Ce qui est l’inverse de tout ramener à ce que l’on croit avoir compris.

Et j’espère que vous aurez compris que tout cela n’a aucune importance !

Car, comme je l’ai dit, les limitations de notre appareil de représentation sont telles que de toute manière, ce n’est pas cette voie qu’il faut emprunter pour sortir du monde des représentations, aussi larges et englobantes soient-elles, pour la bonne raison qu’en une génération de nos générations actuelles ce travail est impossible par la voie intellectuelle. C’est la tentative et la tentation de la science, mais son évolution prendra encore certainement plusieurs générations et ne concernera que peu d’individus de ces générations.

 

Si ce n’est pas le chemin, comment passer d’un monde à l’autre, d’un monde des représentations à un monde sans représentation, un monde où tout est présent ?

( Pour les gens pressés : La solution du problème est simple, et je suis sérieux, le monde est partout, tout le temps. Il suffit de ne pas le chercher ailleurs.)

Les problèmes que nous vivons ne sont pas des problèmes psychiques, ce sont des réalités qui ne peuvent pas coexister dans notre monde des représentations.

"Ma mère ne peut pas m’avoir voulu et m’abandonner"

Soit on supprime l’accès à ce conflit. C’est à dire que l’on fait une manipulation corporelle pour empêcher la pensée de percevoir ces deux réalités en même temps. J’ai bien dit corporelle pour empêcher de penser, comme on fait un nœud à son mouchoir.

Soit on trouve une explication avec les moyens de l’époque : Si ma mère m’a voulu et qu’elle m’a abandonné, c’est que je n’étais pas celui ou celle qu’elle attendait. Et on en déduit le problème suivant : Comment faire pour devenir celui ou celle qu’elle attendait ? (Alors que cette pauvre femme était partie chercher des allumettes pendant que ma couche était mouillée...)

Dans chaque cas, le monde se divise en deux. Le monde de ce qui est et le monde de ce qui devrait être.

 

Quel est l’unique problème pour passer d’un monde à l’autre ?

C’est de croire qu’il y a deux mondes.

 

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