Association pour une pédagogie du développement personnel

Pour Mémoire n°1

On reparle du projet de vie

Les différents articles forment une continuité. Il est préférable de les lire dans l'ordre de présentation. Vous pouvez néammoins les atteindre directement en cliquant dans la liste.
Les notes de bas de page sont liées au texte et réciproquement.

Sauf mention contraire, les articles sont de Francis Lemaire.

 

Attendre

En haptonomie*, on parle d'Expectatus : être dans l’expectative, "J’attends pour voir". Les événements vont décider pour moi.

Il y a aussi l’Attentus : être sur le qui-vive, sur ses gardes, en alerte, prêt à repousser une attaque.

Alors, attendre une initiative, attendre qu’il y en ait un qui bouge, éventuellement le ramener dans le rang s’il ne correspond pas à nos attentes, ou bien le suivre, changer de file... d’attente.

Jusqu’à ce que l’on ne sache plus qui suivre et jusqu’à oublier que l’on attend !

Le mal-attendant peut-il devenir attentif, et découvrir en lui que la personne qu’il attendait était la personne qui l’attendait...?

Sans plus attendre, posons-nous quelques questions. Pouvons-nous nous permettre de ne pas aller à la rencontre de notre projet de vie, d’ignorer ce qu’il nous propose, ce qu’il nous impose ?

Sommes-nous encore capables de distinguer au travers des changements personnels, professionnels et sociaux que nous vivons, les valeurs sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour inscrire dans nos projets la marque de notre être ?

Suffit-il d’ignorer sa souffrance pour l’effacer, suffit-il de la refuser pour se sentir à l’abri, suffit-il de la combattre pour l’éliminer de la surface du globe ?

* Haptonomie, Science de l’affectivité. Frans Veldman. PUF 1989. Voir aussi un site qui présente l'haptonomie
 
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Courrier des lecteurs

Dominique de Villeneuve d’Ascq me demande si je peux expliquer le dessin concernant la défense. (Pour Mémoire n° 00)
 
Voici le dessin en question :
                 
   
     
 

En fait, la défense pourrait se dessiner comme ça :

 
 
   
     
 
 



Non seulement quelque chose qui s'interpose ou que j'interpose entre moi et le réel, mais aussi comme un endroit où le réel vient confronter la défense.

 
   
   
   
 

La défense ne repousse pas le réel, elle l'invite.

 
   
 
Réponse :

Pour commencer, Dominique, peut-être le plus important : Essaie de comprendre ce dessin en te demandant comment il te touche, comment tu peux inclure cette notion en toi, même si elle n’a aucun caractère de vérité universelle.

Pour cela, tu peux prendre des exemples dans ta vie affective consciente, essayer de savoir ce qui te fais le plus peur, ce qui te peine le plus, ce que, pour rien au monde, tu voudrais qu’il ne t’arrive. Cherches aussi à savoir comment tu agis pour l’éviter.

Il est fort possible que tu te rendes compte qu’une des manières d’éviter, c’est de mettre à distance, d’éviter le contact, et donc d’être touchée.

Ce dessin représente la forme 1 que je (je en tant que sujet, moi ou un autre) donne à la limite qui marque l’espace de rencontre avec l’autre et avec le monde. C’est la frontière de mon être-au-monde, une frontière réellement sensible. C’est le lieu variable de mon "être touché". Variable, cela veut dire que quand je ne veux pas être touché, je creuse cette forme, en même temps d’ailleurs que je réduis mon espace intérieur.

Mais le monde reste à la frontière, il n’y a pas de raison, et moi je peux le remettre à sa place, là où il y a une bonne réciprocité d’échange ; sauf si je persiste à refuser le contact. Dans ce cas, chaque événement un tant soit peu similaire va venir creuser un peu plus la frontière de mon "être touché" et je vais tenter d'installer une défense fixe et chronique, manière d’être et de dire : "Dans cette direction-là de la vie, je ne veux plus être touché, je ne veux plus sentir, je veux ignorer..."

Bien sûr, là où j’éprouve le besoin de me défendre, c’est là où j’ai souffert, là où j’ai été nié dans mon intention, mon projet de vie, là où, pour une raison quelconque (ou pas), j’ai été confronté à l’insupportable.

Jusqu’ici, rien que de très classique, il me semble.

Ce que le dessin dit de plus, c’est que là où je ne veux pas être touché, je suis encore plus vulnérable. Et c’est justement là que les autres ou les événements vont venir me provoquer. Dans le langage courant on dit "trouver la faille" ou "s’introduire dans la brèche".

Et si je souffre, je pense que le monde devrait être autrement, qu’il soit passé, présent ou à venir.

Mais le monde n’y est pour rien, il prend juste la place qu’on lui laisse !

C’est pour cela que la défense ne repousse pas, comme on l’espère, mais elle invite. Et cette invitation est une invitation à faire corps avec le monde.

J’espère n’avoir pas été trop schématique !

Note 1. C'est le rôle du formateur que donner la capacité de retrouver une forme qui donne de l’espace et qui soit souple.

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Dessus, dessous

... Au début, il y a un monsieur et une dame qui sont dans un certain type d’activité dont le résultat sera la création d’une nouvelle vie.

Le monsieur, tout d’un coup, projette quelque chose pendant que la dame oriente ce projet vers son but. Et parmi la multitude de petits projets potentiels, un seul sera élu. Après coup, on dira que c’était le bon.

De deux il n’y a plus qu’un. Création.

Ce projet existait déjà avant et exerçait une force d’attraction qui les faisait tendre l’un vers l’autre.

Et on a bien compris qu’il se passe au dessous de la ceinture et qu’il existe toujours, puisqu’on en voit le résultat.

Mais là-haut, au dessus, ils sont toujours deux, avec peut-être d’autres projets qui peuvent éventuellement rentrer en conflit : "Comment va-t-on faire ?" "C’était pas le moment." "As-tu pensé à ma carrière ?".Il se peut aussi que chacun des deux soit en conflit avec lui-même, avec son expérience et sa mémoire ("Tu te souviens, déjà au dernier, j’ai failli y rester..."). Et tout cela fait beaucoup de projets, dont les intentions peuvent être très différentes les unes des autres.

Pendant ce temps-là, le petit œuf fécondé se met en recherche d’un nid douillet, il rentre en contact avec le monde pour trouver ce nid. Et il peut être vraiment déçu si aucune place ne lui dit : "Viens, je suis là pour toi.". Si l’on n’est pas présent pour lui, si on joue l’absence, il ne comprend plus. Il dit : "Mais, moi, je suis porteur d’un projet, le plus important du monde et vous étiez bien d’accord ! Alors quoi, est-ce que je dois comprendre que ce projet n’est pas bon ?".

Tout peut aussi très bien se passer... Les gens heureux n’ont pas d’histoire, paraît-il.

Et puis, vient le moment de la naissance, et puis les débuts de la vie de bébé, et puis les premières déceptions, une quantité d’événements qui peuvent remettre en question la belle assurance du départ, si elle a existé.

Alors, le projet de vie passe des compromis... avec la vie, pendant que les grandes personnes parlent de réalité pour expliquer qu’il faut la subir.

Pourtant l’intention originale est restée.

Alors le projet de temps en temps refuse, il pique sa crise, il dit : "Non, le monde ne devrait pas être comme ça et je vais le prouver." Et il passe son temps à essayer de changer le monde comme on lui a appris à le faire, en se coupant en deux : d’un côté le projet qui est juste bien sûr, de l’autre le monde qui doit changer, évidemment.

C’est la guerre.

Au départ, il n’avait pas appris à lutter, c’est venu après. Et s’il n’avait pas lutté, il n’aurait pas survécu, du moins en tant que projet. Mais la lutte, ce n’est pas lui. C’est juste un moyen qu’il a appris parce qu’ on n’était pas au rendez-vous, parce qu’on n’a pas su lui apprendre à rester en contact, à faire corps avec le monde.

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Pas si passoire!

Nous sommes la matérialisation d’un projet de vie. A un moment donné quelqu’un a eu envie que ce projet se matérialise, peut-être avec beaucoup d’amour, peut-être sans,... je ne sais pas, mais il y a eu une intention. Une intention peut-être pas vraiment consciente d’elle-même, pas toujours extrêmement claire, peut-être ambivalente, peut-être même quelque chose qui ressemblait à une non-envie, et qui pourtant s’est fait.

Tout de suite, on pourrait voir dans cette intention, la volonté de dieu, le destin ou la fatalité. Et, comme c’est très mal connoté, on fermera aussitôt le sujet. On a trop peur de quitter le matériel et pourtant c’est ce que l’on veut par dessus tout : ne pas être que matériel, ne pas avoir mal, ne pas être attaché... ne pas être si peu de choses.

Alors donc, il y a un projet, pas parfait, pas entier, mais c’est comme ça que ce projet nous ressemble !

Ce projet, nous continuons à le matérialiser, à le manifester, sans toujours le reconnaître .

C’est un peu comme si on ouvrait un robinet : l’eau coule. On met une passoire sous le robinet, le jet d’eau est dévié, divisé. Disons que nous sommes la passoire, et, en plus, une passoire bouchée !

On ne laisse pas tout passer, pas tout nous traverser. Alors, quand on regarde ce qui sort de la passoire, on ne reconnaît pas le jet d’eau.

Imaginons que je fasse le noir dans une pièce et avec une lampe de poche, j’éclaire la passoire, on peut supposer que des rayons de lumière vont éclairer, atteindre le mur. Mais ces points-là, sur le mur, ne se reconnaissent pas entre eux, ils sont isolés et n’ont pas conscience du "projecteur", du projet d’éclairer.

Ce qui bouche la passoire, c’est la mémoire que nous refusons, qui ne laisse pas passer la lumière. Comme un tas de petits interrupteurs corporels qui filtrent. ça n’empêche pas le projet de se manifester, mais on ne le reconnaît pas, on ne se reconnaît pas dans ce projet.

Alors, on peut essayer, comme une passoire douée de conscience, de reconnaître les manifestations de ce projet, les projections sur le mur, ou sur l’écran (ou les miroirs) de notre vie quotidienne.

Reconnaître en nous quand une armée semble lever le bouclier pour hurler : "Non, je ne veux pas, je refuse, c’est pas juste..."(Je ne veux pas le voir, pas le sentir, pas le savoir, pas le vivre, pas le rencontrer...)

Reconnaître dans nos pas ce qui nous fait aller encore une fois vers cette histoire qu’on aimerait ne pas voir recommencer. Ah ! Si seulement la fin du film pouvait changer pour une fois ! Pour une fois, je ne me fâcherais pas, pour une fois, je ne serais pas triste, pour une fois, j’oserais, pour une fois, je ne serais pas blessant ou pas blessé.

Alors j’y retourne et c’est vrai que cette fois je sais que je peux faire quelque chose pour que ça ne se termine pas comme d’habitude : C’est de ne rien essayer d’empêcher !

D’une certaine manière, c’est le travail que nous tentons d’effectuer préventivement dans les groupes de parole.

 

P.S. Un bon conseil : avant de vous claquer la tête contre les murs, mettez la passoire dessus.

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Projet de vie : Un exemple au niveau de l'orientation professionnelle.

On peut prendre un exemple au niveau professionnel.

Imaginons une jeune fille qui voulait être infirmière, ou hôtesse de l’air, ou secrétaire, ou traductrice, etc.

Elle ne l’est pas.

Depuis des années, elle le vit comme un échec, mais elle met cet échec de côté. Elle n’en parle pas tous les jours, et surtout, elle ne fait rien pour transformer cet échec. Elle aurait peut-être pu reprendre des études, mais... Il y a un mais et elle ne l’a pas fait.

De toute façon, c’est de la faute de cet orienteur qui lui a dit qu’elle ne pourrait jamais devenir _______ (choisissez vous-même le métier). "S’il n’y avait pas eu cela, certainement, maintenant, je serais _______."... "Je sais que c’est de sa faute et je pourrai continuer à lui reprocher toute ma vie."... "Ma vie est ratée à cause de cet imbécile". On imagine bien les phrases que peut penser ou dire cette jeune fille 2.

Premier problème qu’elle ; ou que "je" ne m’avoue pas : "Si je réussissais ma vie, je ne pourrais plus reprocher à un autre mon échec antérieur. Donc, j’ai intérêt à ne pas la réussir."

Deuxième problème que je ne m’avoue pas non plus : "S’il a dit ça, c’est parce que j’avais de mauvais résultats. Et j’avais de mauvais résultats parce que je n’arrivais pas à comprendre ce que disaient les profs. -D’ailleurs, je ne comprenais pas ce que disaient les adultes- Ils parlaient d’amour et ils n’étaient pas capables de vivre ensemble sans se déchirer. Alors voilà, j’ai décidé que ce que j’apprenais à l’école, ça ne servait à rien parce que mon seul projet c’était de savoir comment racamailler 3 mes parents. Et je n’ai jamais trouvé une personne capable de me dire comment faire."

Troisième problème, que j’ignore totalement, cette fois : Je n’ai pas réussi et j’en ai conclu que j’étais un bon à rien et que mon projet était mauvais, que ce n’était pas le bon projet. J’y renonce.

Conclusion : Ce projet, on pourrait dire que c’était un projet porteur d’amour au départ. C’est aussi un projet qui ne comprend pas pourquoi les choses ne se passent pas comme prévu. Il refuse que la "réalité" ne soit pas comme "elle devrait être". Il fait tout pour que cette réalité change, jusqu’au moment où, vaincue, la personne l’abandonne. Et là, elle va essayer de trouver un autre moyen de créer de la cohérence entre son projet et la réalité :

- Cohérence rationalisante qui va justifier l’histoire : "C’est de la faute de l’orienteur..." ou "Je n’ai pas réussi parce que je ne devais pas réussir"

- Cohérence au quotidien : La personne doit continuer à subir la "réalité", ici, les prédictions de l’orienteur: "Tu ne seras pas ________" pour pouvoir attribuer l’échec professionnel à un autre et ignorer son véritable projet.

Elle ne conçoit plus que deux possibilités : Lutter et gagner, vaincre le monde et les autres, avoir un projet victorieux comme devenir infirmière par exemple ou subir, s’écraser, être vaincue.

Et le monde se divise en gagnants et en perdants.

C’est pour cela que dans les groupes de parole, on traque le refus. Le refus de faire corps avec. C’est à dire, dans cet exemple, de faire corps avec l’émotion qui accompagne l’acceptation de l’échec à réunir ses parents dans une relation d’amour. L’émotion aussi de s’avouer que cet amour lui a manqué.

Acceptant cette émotion, elle retrouvera son projet véritable qui n’était pas si mauvais et rien ne l’empêchera plus de réussir dans d’autres projets.

Note 2. Pour les garçons, vous remplacez par pompier, footballeur, etc.
Note 3. Raccommoder. Contraction de canaille et de mailler, je suppose.

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Rencontrer son projet de vie

On a tous un ou des projets, ou l’impression d’en avoir.

Nous pensons que c’est notre projet d’être instituteur, d’avoir des enfants ou de ne pas en avoir, de se marier ou de ne pas se marier, de se cultiver, d’avoir une vie confortable, de faire construire ou d’aménager son chez soi, de voyager, d’être quelqu’un de bien etc.

Tout ça c’est "notre projet".

Et si on a réussi ça, on a réussi sa vie ? On sait bien que ce n’est pas tout à fait vrai.

D’abord parce qu’il y a des projets que l’on n’a pas réalisés ni au niveau de son métier, ni au niveau de ses relations amoureuses ni au niveau matériel, intellectuel, spirituel, ou du monde que l’on voulait changer (du moins certains).

Si on est un peu sincère avec soi-même, on sait bien que son projet de vie ne s’arrêtait pas aux projets que l’on a réalisés. On en a laissé en route... Prenez le temps de trouver vos propres exemples.

Et puis aussi, on dit notre projet, mais est-ce qu’on sait pourquoi on préfère les blond(e)s ou les brun(e)s? ... pourquoi tel métier, tel endroit, tel voyage, telle rencontre, telle idée du monde ?

Jusqu’à un certain point, dans certains domaines, c’est notre projet, mais sur de nombreux autres points, on ne sait pas ce qui nous pousse ou qui nous attire dans telle direction. On va dire : "c’est ma nature, c’est ma culture, je suis comme ça."

Comment "comme ça" ?

Il faut traduire cette expression par : "déterminé sociologiquement, psychiquement, biologiquement 4". Nous sommes physiquement humains, déterminés par nos gènes, nous ne sommes pas un autre animal, nous ne pouvons pas soulever des tonnes, ni courir plus vite que notre ombre, etc. Psychiquement : nous avons la mémoire consciente ou inconsciente de ce qui est bon pour nous ou mauvais, et nous avons fixé des choix définitifs : aller vers cela, éviter cette autre chose ou relation. Une fois pour toutes nous avons effectué des choix que nous répétons consciemment et surtout inconsciemment. - Déterminés sociologiquement enfin parce que, malgré notre sentiment de liberté de choix, on ne se marie pas avec qui on veut, on ne fait pas les études que l’on veut, on ne choisit pas leur durée sans que des facteurs sociaux n’interviennent fortement dans ces choix.

Pour résumer en deux points :

1) Nous avons laissé tomber une partie de notre projet en route. (et pas seulement ce que l’on appelle les illusions).

2) Ce que nous appelons notre projet est amplement déterminé par autre chose que notre libre-arbitre.

Jusque là, il n’y a rien de nouveau et surtout rien de très grave.

Ce n’est pas très grave parce que j’aime ma femme (même si je ne sais pas pourquoi je l’ai choisie brune ou blonde) ou mon homme, j’aime mon métier, même si je ne l’ai pas tout à fait choisi, j’aime mes voisins, j’aime mes chefs, je déteste la mer, mais je vais à la montagne. Alors, déterminé ou pas, tout va bien. A quoi bon remuer toutes ces questions ?

Disons que si on veut bien s’impliquer un peu, on pourra découvrir qu’il n’y a pas que les voisins qui sont remis en question dans leurs certitudes quand ils ont perdu leur boulot, quand leur couple a commencé à battre de l’aile, quand un de leurs proches les a quitté (sournoisement), quand les enfants ne réussissent pas dans leurs études ; ou que soi-même, on a le sentiment de ne pas avoir réussi sa vie ou une partie de sa vie, essentielle ou supposée essentielle. On pourra s'apercevoir que l’on est déterminé, pas seulement pour une forme de bonheur, mais aussi pour tout le reste, difficultés comprises, et que bizarrement, c'est encore notre projet de vie qui intervient dans notre rencontre avec ces difficultés.

Cela perçu, il devient alors important de retrouver, au delà de nos déterminations 5, notre projet de vie. Quelle que soit la situation, et pourquoi pas avant la crise, il apparaît nécessaire pour cela d'aller à la rencontre, à la découverte, de notre responsabilité de chaque instant dans le choix de l’acceptation ou du refus de la situation présente y compris quand elle est difficile à vivre.

Rencontrer son projet de vie, c’est rencontrer, et peut-être redécider, des choix que l’on a fait à toutes les étapes de la vie, y compris dans les situations où l’on a cru que l’on n’avait aucun choix 6.

Rencontrer tous les moments où l’on a du abandonner une partie de soi-même, une partie de son projet.

"J’avais le choix de partir avec Louise, nous aurions fait le tour du monde, mais j’aurais abandonné mes études et ma carrière ..." - ou l’inverse - "J’aurais pu devenir riche et célèbre, mais je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai tout laissé tomber pour élever des chèvres."

Ou aussi : "Quand j’étais plus jeune, mes parents m’ont empêché de poursuivre des études, ils m’ont mis à la porte et j’ai du commencer à travailler très tôt. Je leur en ai toujours voulu, même si maintenant on se revoit . Moi, mes enfants feront des études, quel qu’en soit le prix !" (Même s’ils n’en ont pas envie ?).

Ou alors : "Mon père battait mon petit frère, mais je n’ai jamais pu rien dire parce qu’il m’aurait frappé aussi. Je m’en suis toujours voulu." Ou bien encore : "J’aurais tellement aimé lui dire que je l’aimais, mais je n’ai jamais su, je n’ai jamais appris..."

Les exemples ne sont pas toujours aussi clairs ni concrets, chacun pourra trouver les siens. L’important, c’est de remarquer qu’à chaque fois, il y a de notre projet qui s’exprime, à travers une intention qui n’a pas pu se réaliser, aboutir, en tous cas pas comme elle s’exprimait au départ. Et souvent il y a une émotion qui a marqué la rencontre de l’intention avec ce qui l’a empêchée de se manifester concrètement jusqu’au bout.

Alors, pour aller à la rencontre de son projet de vie, il ne faut pas trop s’inquiéter d’aller le chercher dans le passé ou le futur, parce que notre intention est toujours là. Elle ne s’exprime pas à travers les mêmes décisions, la même actualité, mais elle est présente, maintenant, dans chacun de nos actes.

C’est dire que nous avons l’occasion de rencontrer notre projet de vie, autrement dit notre intention originelle, tous les jours. Mais souvent celle-ci est cachée derrière une émotion. C’est pourquoi on ne la reconnaît pas si l’émotion nous aveugle, si on refuse de vivre cette émotion parce qu’elle est douloureuse, qu’elle nous rappelle un moment de souffrance.

Mais l’intention est toujours là, en tant qu’intention et elle arrive même parfois à fabriquer par devers nous des situations où l’on ne pourra plus se retenir, refuser de rentrer dans l’émotion.

Quelqu’un va nous mettre en colère, peut-être pour une raison insignifiante, et derrière cette colère, il y aura peut-être le sentiment de ne pas être reconnu et derrière ce sentiment, il y avait l’intention d’être reconnu pour ce que l’on est.

Peut-être que l’on va avoir peur, pour une raison tout aussi insignifiante, et derrière cette peur on pourra trouver le besoin de sécurité, le besoin de protéger le meilleurs de soi-même mais aussi la tristesse de devoir cacher à l’intérieur de soi quelque chose qui est si beau.

Ce n’est donc pas compliqué de partir à la recherche de son projet de vie. Cela peut être long, douloureux parfois, on peut douter, mais ce n’est jamais compliqué. Il suffit de ne pas empêcher les émotions, là, tous les jours, de venir à la surface, et quand elles viennent, on peut les exprimer, sans faire de cinéma inutile, en étant conscient de la présence de l’autre, mais en ne lui prêtant pas de mauvaises intentions, puisque les nôtres sont bonnes 7.

C’est ce que nous faisons pendant les groupes de parole. Des gens se réunissent pour exprimer ce qu’ils sentent, là 8, maintenant, éventuellement suivre le fil, et aussi écouter l’expression des autres, en ressentir les échos en eux, et à nouveau partager.

 
Note 4.Ces déterminations ont un rapport avec le corps et la mémoire comme nous le verrons dans un prochain article.
Note 5.Cela ne signifie pas aller contre et ajouter encore d’autres contraintes du type : "Il faut que je dépasse ...", ou d’autres refus comme : "Non, cela ne devrait pas être".
Note 6. On verra dans un prochain article, "Cesser la guerre" qu’il y a toujours un choix, même quand tout semble déterminé, même là où l’on n’est pas capable de changer la situation proprement dite.
Note 7. Bien-sûr, je dis cela pour des gens qui ne sont pas déjà tout le temps dans leurs émotions et qui sont capables de percevoir par moments que la réalité n’est pas seulement hostile.
Note 8. Certains disent ici.

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