Association pour une pédagogie du développement personnel

Pour Mémoire n°3

Le corps mémoire : Second volet:

Cesser la guerre

Les différents articles forment une continuité. Il est préférable de les lire dans l'ordre de présentation. Vous pouvez néanmoins les atteindre directement en cliquant dans la liste.
Les notes de bas de page sont liées au texte et réciproquement.

Sauf mention contraire, les articles sont de Francis Lemaire.

 

Editorial

Michel est calligraphe, boulanger, et non-violent. Michel est bien plus que cela, mais je ne sais pas tout de lui. Au cours d’une discussion à propos du Larzac, il en est venu à me dire "Ils ont gagné contre." Les paysans ont gagné, mais ils ont gagné contre les militaires. Quelques temps plus tard, lors d’un colloque pour le 50ème anniversaire de la mort de Gandhi, une des questions était à peu près celle-ci : "La non-violence est-elle une technique ou un art de vivre?" Certains répondront un peu vite, - les deux mon capitaine. Pour moi, il est clair que si la non-violence est une technique, elle n’est pas non-violente. Si on sépare le but du moyen de l’atteindre -la technique- on crée de la violence. Vous me direz peut-être qu’il faut que le but aussi soit non-violent. Mais dans ce cas, on divise le monde en buts non-violents et en buts violents. Et tant qu’on divise le monde, on reste dans la violence.

Dans un de ses livres Arnaud Desjardins dit quelque chose comme ça : Gandhi n’était pas non-violent, parce que s’il l’avait été, il ne serait pas mort assassiné. En dehors du fait que cette phrase puisse être difficile à admettre, voire choquante, elle pose une question : Si Gandhi n’était pas non-violent, qu’est-ce alors que la non-violence ?

Et comment cesser la guerre ?

Il y a une différence entre faire cesser la guerre et cesser la guerre.

Si je cesse la guerre en moi, je cesse aussi la guerre dans le monde, et non pas je fais cesser la guerre : je sors mon drapeau blanc, je réconcilie, je recherche un compromis ou je menace les belligérants, je m’interpose, non, effectivement, ça c’est : "je fais cesser la guerre" (et ça ne marche pas d’ailleurs). "Je cesse la guerre". Entendez comme ça sonne bizarrement aux oreilles. Je cesse la guerre, "je" n’est pas le sujet, c’est la guerre qui cesse en moi, la guerre cesse, je n’ai rien d’autre à faire que de cesser de l’alimenter. Et mon voisin n’a plus (n’aura plus) aucune raison d’entrer en guerre contre moi, je n’ai plus d’occasion à lui donner, je ne lutte plus pour qu’il trouve la paix... ce qui l’énervait tant !

Pour que cesse la guerre, il faut cesser de lutter.
Il faut cesser de lutter pour que cesse la guerre1.

1. Transmis à peu près en ces termes par Olivier Humbert.

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Cesser la guerre. Par Michel Lefeuvre.

La guerre est l’expression violente de l’inimitié, le désir réciproque d’anéantissement de l’autre, l’ennemi.

L’ennemi peut être en moi, ou tout proche, ou très lointain. La guerre pourra donc être intérieure, ou avec mon prochain, ou entre deux armées lointaines.

Sommes-nous attentifs à nos guerres intérieures ?

N’avons-nous pas quelquefois du mépris pour certaines parties de notre être ? Si nous entretenons amitié avec notre corps physique, sommes-nous aussi ami avec notre être psychique, nos sentiments, nos émotions ? Quant à notre être spirituel, celui qui exprime le sens de notre vie, notre époque ne cesse de le nier et il en résulte non-sens, peur de la mort et solitude.

Autour de nous, l’inimitié affecte notre famille, nos voisins, nos relations. C’est le conflit, souvent latent, parfois violent, et la plupart du temps mal résolu. La guerre entre nations est permanente. Ce que l’on appelle paix n’est en réalité qu’une guerre froide endémique. De nature économique ou idéologique, elle n’éclate pas trop souvent mais nous maintient dans la peur et la méfiance réciproques.

Pour que cesse cet état, il faut un retournement, une conversion. Mais conversion bien ordonnée commence par soi-même. "Corps-mémoire" est là pour aider à cesser de se faire la guerre à soi-même : Prendre conscience de ce qui nous empêche d’être en paix, et trouver le remède.

Mais les conflits entre personnes ou entre groupes sont plus évidents.

Il y a des individus qui aiment le conflit et la bagarre, d’autres qui en ont peur. Ceux qui l’aiment essaient de toute leur violence d’en sortir vainqueur, ou à défaut, de prendre leur revanche. Cela ne résout rien, mais entretient l’inimitié et la sensibilité des vieilles blessures non cicatrisées. Ceux qui ont peur du conflit l’évitent, font semblant de ne pas le voir et se croient quittes quand la guerre n’éclate pas. Mais rien n’est résolu si les problèmes demeurent.

Le conflit, qu’il ne faut pas confondre avec la violence, est une indication de la vie, une occasion de croissance que nous devons regarder en face et accepter sans peur. C’est l’occasion de réviser nos relations, de les réajuster, afin que la paix soit également partagée et que cessent les antagonismes.

Quelle est l’origine du conflit ?

Des besoins non satisfaits, ou la peur qu’ils le soient.

Des valeurs bafouées, ou la peur qu’elles le soient.

Quelle doit être la bonne résolution ? Qu’il n’y ait aucun perdant, mais que chacun soit satisfait dans ses besoins et respecté dans ses valeurs.

Quels seront les moyens : La recherche commune, par les antagonistes eux-mêmes, de la solution satisfaisante.

On confond souvent solution et besoins : Chacun s’accroche à sa solution, ce qui l’empêche de voir qu’il en existe d’autres, capables aussi de le satisfaire.

Parmi toutes les solutions envisagées ensemble, il faut trouver celle qui satisfait des besoins différents, causes du conflit.

Ce qui est difficile, quand on est en conflit, c’est de chercher ensemble. Car chacun des antagonistes possède comme des morceaux d’une clef qu’il faut reconstituer, ce qui exige coopération, donc communication. Souvent cette communication est rendue impossible par les blessures qui ont révélé le conflit. Le recours à un tiers s’avère alors nécessaire : c’est la médiation, dans laquelle le médiateur agira à la façon d’un catalyseur, facilitant la communication et laissant entièrement la solution entre les mains des parties.

Le contraire d’un arbitrage. Notons au passage qu’on parle souvent de médiation en pensant arbitrage et même jugement, avec pouvoir du juge...

Sans approfondir plus la notion de médiation, citons Jean-François Six, fondateur de l’Institut National de la Médiation :

"Le royaume de Satan, c’est le royaume de l’accusateur" a dit René Girard. Une médiation consiste justement à briser cette accusation réciproque et cette volonté d’élimination de l’autre ; et à faire passer cette idée que l’un des deux n’a pas à devenir gagnant ou perdant, que la réussite de l’un et de l’autre à la fois peut ne pas passer par le rejet de l’autre. Le médiateur est l’avocat de cette idée."

Je terminerai en évoquant Luc, chapitre 6, verset 27 à 38.

Que veut dire Jésus par "Aimez vos ennemis" sinon : "Cessons de nous faire la guerre" ? Non pas en déniant nos sentiments, en reniant nos besoins et nos valeurs ; mais avec la certitude que la paix est au-delà de l’attachement à nos griefs, et que la volonté de paix peut nous faire entrer dans cet au-delà, et nous faire découvrir une forme de relation nouvelle qui engendre de nouveaux sentiments.

Ce qui est vrai au niveau personnel l’est aussi au niveau collectif. Le grand mérite de Gandhi, c’est d’avoir appliqué la morale inter-personnelle à la vie politique. Ce qui exigeait d’abord d’être en accord avec soi-même.

Tout se tient. Par quel endroit vais-je commencer ? En moi ? Près de moi ? Loin de moi ?

 

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Pour information, il existe en Aveyron :
Une "Communauté de l’Arche", mouvement dédié à la non-violence, qui développe une manière de vivre et une formation à la résolution des conflits et à la médiation.
Renseignements : Les Truels 12100 Millau. Tél. 05 65 61 00 38.
 
Le "Cun du Larzac", pour une résolution non-violente des conflits. Route de St Martin 12100 Millau. Tél. 05 65 60 62 33.
 
L’association "Médiation Sud Aveyron", qui propose des médiations et une formation permanente :
Tél. (05 65) 61 24 90 ou 60 24 96 ou 60 04 37 ou 05 65 59 18 80.
 
Michel LEFEUVRE

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Cesser la guerre. Par Francis Lemaire :

1. Pour un vrai bien-être, faut bien naître!

Y a-t-il une vie après la naissance, après la péridurale, après la césarienne, après l’accident ? Oui.

Oui, cette naissance aurait pu se passer différemment, et oui la vie continue, l’amour est là et il apparaît à sa manière dans notre histoire particulière.

Oui, on peut certainement améliorer les conditions dans lesquelles se déroulent les accouchements et les naissances mais s’il vous plaît n’en faites pas un nouveau combat, une nouvelle guerre, celle des bonnes méthodes contre les mauvaises, celle des bons accoucheurs contre les mauvais, sous prétexte de vous occuper des civilisations futures.

C’est tentant le futur, mais on peut œuvrer avec les personnes qui vivent actuellement, qui ont des enfants, qui en auront, et surtout qui ont été enfants et qui sont aussi passées par une naissance. Il est inutile de chercher à convaincre ou à imposer de meilleures méthodes pour les générations et les civilisations à venir si on ne peut pas proposer maintenant à ces personnes la possibilité d’atteindre en elles-mêmes le lieu de leur propre décision, de leur libre choix en ce qui concerne ce qui est bon pour elles.

Pour que ce lieu-là puisse être atteint, pour éviter que de génération en génération ne se répètent les mêmes souffrances, il est nécessaire de se réconcilier avec des vécus qui ont pu être traumatiques autour de notre propre naissance. Sinon on continuera à lutter en vain pour que la naissance change, alimentant au dessus de nos têtes la guerre entre différentes approches médicales qui toutes, à leur manière, cherchent à créer les meilleures conditions possibles pour la venue au monde des enfants à naître.

Car si une naissance est vécue dans la souffrance, ce n’est pas seulement parce que la lumière était trop forte ou que le contact a été rompu trop rapidement, les gestes trop mécaniques, ce n’est pas seulement parce qu’on a posé une question à la mère qui a réactivé son néocortex alors que ce n’était pas le moment, c’est aussi parce qu’il y a des parties non acceptées de son propre vécu qui inhibent sa capacité à faire confiance au processus et à maintenir le contact avec l’enfant qui est en train de naître. Parties d’elle-même non acceptées, non accessibles à sa conscience, non parlables, taboues et qui sont transmises telles quelles de naissance en naissance, de génération en génération.

Pour donner à naître librement, il faut donc se libérer de sa propre naissance. L’accouchement peut d’ailleurs en être une belle occasion, mais ce n’est pas la seule.

Après l’accouchement, l’enjeu n’est plus : "Suis-je pour ou contre la péridurale ou mon médecin est-il pour ou contre ?" mais, avec toute l’émotion encore présente : "Qu’est-ce que je fais, moi, maintenant, de mon incapacité à refuser la péridurale comme je me l’étais promis ; ou bien du fait que je l’ai refusée mais que j’ai horriblement souffert ; ou encore que j’ai eu tellement mal, tellement longtemps que j’ai fini par la réclamer ?"

En somme à la question : "Comment bien faire ? Suis-je à la hauteur ? (...de la naissance que moi j’aurais pu attendre de ma propre mère)", succède la question : "Comment j’accueille cet enfant, (ou comment l’ai-je accueilli), puis-je me montrer vraiment telle que je suis ?"

"Puis-je m’accepter, avec mes peurs, mes faiblesses, mes manques, mes incertitudes mais aussi mes forces et ma responsabilité, de manière à ce que cet enfant puisse trouver son propre chemin vers la vie ?"

"Puis-je accepter maintenant la détresse que j’ai pu vivre ou refuser de vivre lors de ma propre naissance ?"

Offrir cette possibilité de réconciliation avec soi-même, à l’approche d’une naissance ou pas, c’est permettre aussi de se réconcilier avec cet épisode de sa vie qu’on a pu, un moment donné, espérer différent. Et ainsi de se réconcilier avec l’enfant qui a pu en souffrir et qui n’aura plus à transmettre aveuglément un contenu de souffrances dont il ne peut que deviner les contours.

Peu importe que toutes les conditions idéales n’aient pas été réunies ce jour-là pourvu que l’on puisse l’accepter, se pardonner à soi-même. Et peu importe si on n’en est pas capable, nos enfants le seront peut-être. Pourquoi ajouter de la culpabilité à la difficulté ?

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2. Les états de conscience transpersonnelle.

Dans le dernier numéro, nous avons tenté de donner une image de l’impact de la naissance sur nos vies entières.

Nous avons donné une idée de la manière dont nous transportons dans le monde, au travers des matrices périnatales fondamentales, les combats titanesques auxquels nous avons eu affaire lors de notre naissance.

Il convient de préciser maintenant que ces matrices qui structurent notre représentation du monde (dont la majeure partie est inconsciente) contiennent des éléments de mémoire ou de conscience qui dépassent à la fois notre histoire personnelle et notre conscience ordinaire.

Autrement dit, toute sa vie, on peut avoir des impressions latentes de souvenirs qui ne cadrent pas avec ce que nous savons du déroulement de notre vie (dont ce que l’on nomme couramment des vies antérieures). On peut aussi vivre sous l’influence de ces morceaux de mémoire sans en avoir conscience ; vivre naturellement le monde à la lumière de notre expérience mais sans être conscient de la totalité de notre expérience. Depuis Freud, en occident, on sait que l’on refoule des pans de notre expérience, mais il était entendu qu’il s’agissait d’une expérience qui nous appartenait, qui appartenait à notre biographie. Aujourd’hui nous parlons de conscience transpersonnelle, qui dépasse notre personne et qui la traverse.

Pourquoi est-ce important ? Parce que c’est au travers de nos représentations que nous rencontrons le monde, l’autre, les autres, les situations sociales. Quand deux personnes se rencontrent, ce sont deux mondes, deux mondes des représentations si vous préférez, qui se rencontrent et le plus souvent qui s’entrechoquent. Parce que dans ces représentations se trouvent toutes nos guerres, toutes les guerres que nous poursuivons y compris si ce ne sont pas les nôtres et ce, malgré tous nos efforts pour les faire taire.

Toute la haine contenue dans la matrice dite périnatale fondamentale, c’est la même que celle que l’on va ressentir quand un petit camarade nous donnera un coup de pied dans les tibias, quand notre père nous empêchera de faire une bêtise, selon lui, et c’est la même haine que l’on a eue face au tortionnaire nazi, face à celui qui a kidnappé notre enfant etc.

C’est la même colère contre cette matrice qui ne nous aide pas à naître que celle que nous éprouverons quand notre mère refusera un "caprice" ou quand notre collègue ne fait pas ce qui était prévu et flanque tous nos espoirs par terre. C’est la même tristesse face à notre impuissance que quand nous n’avons pas pu retenir quelqu’un qui s’en allait et c’est la même peur, qu’on ne cesse de vouloir oublier, face à toutes les douleurs et face à notre mort.

Toutes ces émotions et toutes les autres sont déjà là le jour de notre naissance et nous les transportons dans le temps, inscrites dans notre corps. C’est lui qui se souvient, c’est lui qui transporte cette mémoire bien en deçà de la conscience que nous pouvons en avoir.

La haine contre ceux qui nous agressent, la colère contre ceux qui nous empêchent, la tristesse de l'échec ou de la séparation, la peur d’être remis en cause dans notre existence sont là de manière intemporelle et nous amènent à nous protéger, à nous en défendre en permanence.

Si rencontrer l’autre fait partie de notre vie, , forcément, on va le toucher, l’atteindre et forcément parfois, on va l’atteindre au niveau de ses blessures, tout comme nous pouvons être atteint, et tout de suite, ce sera la guerre. Si tu m’atteins là où j’ai mal, là où je n’accepte pas d’avoir été blessé, tu me fais mal et c’est toi que je repousse. Et donc il n’y a pas de place pour deux en cet endroit, deux ego se rencontrent, ils se cognent.

Qu’est-ce que cet ego dont tout le monde (spirituel) souhaite la mort ?

Eh bien l’ego, c’est tout simplement ce qui refuse de mourir en nous. Ça ne fait pas plaisir de mourir. Encore moins si on meurt assassiné, torturé... On refuse de mourir bêtement, avant la fin de sa vie (!), alors qu’on était en train de réussir une œuvre grandiose, ou alors que l’on a raison mais que l’autre est le plus fort, que c’est notre ennemi et que nous sommes vaincu, mourir trahi, ou mourir ayant trahi. Alors ça non, forcément on dit non. On refuse, le corps refuse.

Une intention-contre naît. Je m’oppose. Ne pouvant m’opposer très longtemps, je finit par me retirer de cet espace où je souffre. Je nie la souffrance, ce n’est pas moi qui souffre. Je crée ainsi un espace corporel, une couche de contact d’où je m’absente. Et dans cette couche va venir se loger tout ce que je refuse. Je ne suis plus directement en contact avec les autres. Le contact avec les autres se fait au travers de cette couche. Un monde de représentations vient s’intercaler entre moi et l’autre. J’ai créé une discontinuité dans le monde. En un mot, j’en tiens une couche !

C’est dans cet espace que nos guerres se rencontreront.

Inconsciemment je ne veux pas être torturé, ou je ne veux pas être montré du doigt, exclu, trahi, lapidé, passé au bûcher, décapité, rien de tout cela. Et pourtant, dans mon attitude, dans mon contact, quelque chose appelle cela. "S’il a peur, et ça se voit, ça se sent même si l’autre non plus n’en est pas conscient, c’est qu’il a quelque chose à se reprocher et toc, s’il se le reproche, c’est qu’il est coupable, s’il est coupable, il n’y a pas de raison de ne pas lui taper dessus pour le bien de tous." Je cherchais seulement à éviter d’être torturé, persécuté et c’est juste ce qui arrive.

Comment faire pour que ça n’arrive pas ?

Je dois, c’est mon devoir si je veux que cesse la guerre, éviter d’éviter, cesser de refuser, et me rendre conscient.

Note : D'autres expériences de conscience transpersonnelle peuvent être difficiles à intégrer dans notre représentation de la réalité quotidienne, il s'agit des NDE ou Expériences de Mort Imminente EMI, en français. Pour plus d'information, visitez le site du docteur J.P. Jourdan

Les Québécois pourront être intéressés par le réseau québécois du transpersonnel qui propose un bulletin ainsi que des rencontres-conférences mensuelles.

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3. Il y a des lieux de nous-mêmes où la guerre doit cesser.

Il y a des lieux de nous-même où la guerre doit cesser.

Le reste de la réalité se réorganisera spontanément.

Si on veut la paix, il est nécessaire et il suffit d’aller en cet endroit de nous-même où l’on peut faire cesser le combat et c’est le plus difficile. C’est pourtant la seule chose que nous ayons à faire. Et si je veux proposer un mouvement pour la paix, c’est ce lieu que je dois proposer de rejoindre.

La violence naît de la séparation que nous établissons entre nous et les objets, le reste du monde. À partir du moment où l’on considère objectivement une chose ou une personne, cela devient un objet séparé, nous divisons le monde et la violence est possible. À l’inverse, si je ne me vis pas comme un objet séparé du monde qui m’entoure, la violence n’est plus possible parce que je perçois le tort que je me fais en étant violent. C’est facile à remarquer. La plupart d’entre nous sommes capables de manger un bifteck mais pas de tuer un lapin. Je peux être le bourreau parce que l’autre n’est plus un autre être humain, c’est juste celui qui a été désigné pour être ma victime. Pour la victime, cette situation est insupportable. On ne peut pas accepter d’être une victime, on ne peut pas accepter de mourir injustement. On ne peut accepter aucune des raisons de guerre : être envahi, être différent, être opprimé, être moins riche, devoir partager le pouvoir avec son voisin ou avec le pays voisin. Aucune de ces raisons n’est acceptable quand on la subit.

Pour que la guerre cesse, il n’y a qu’une position de la conscience que je doive atteindre, et elle n’est pas imaginaire, c’est la position qui va relier le bourreau et la victime dans le même monde, qui va réduire à néant l’espace qui les sépare. Ce n’est pas une opération mathématique. Cesser de séparer, de diviser, faire corps avec le monde, et la victime fera corps avec le bourreau... qu’elle aurait très bien pu être , qu’elle est quelque fois sans vergogne. Les rôles sont interchangeables, et c’est nous qui les tenons.

Une seule solution : faire corps avec cette émotion que je refuse et comme je ne sais même pas que je la refuse, faire corps avec ce refus : Je ne sens rien, j’ai peur des autres, j’ai peur du regard des autres... Et dans un premier temps, je peux m’arrêter là, en exprimant cette peur, j’ai amorcé le mouvement de l’intérieur vers l’extérieur. Exprimer cette peur ne suffira pas pour l’annuler, mais ça permet de la reconnaître, de l’accepter comme une partie de nous-même et non plus de la laisser comme une partie abandonnée et manipulable par les autres.

Je ne veux pas être victime, alors je fais tout ce que je peux pour éviter. Je m’enferme dans mon évitement et je suis encore bien plus vulnérable.

Reste à savoir comment je fais pour pénétrer dans cet espace personnel ou transpersonnel que j’ai laissé à l’autre. Comment je fais pour cesser de transporter mon monde partout où je me déplace ? Si je suis aliéné, s’il y a du non-moi en moi, c’est parce que je le refuse.

Pour faire cesser l’existence de non-moi en moi, il faut que j’accepte que ce non-moi soit moi. Il n’y aura plus que moi.

Je ne peux pas accepter que l’on ait voulu me faire tant de mal, qu’on m’écrase à ce point, je n’accepte pas cet écrasement et je le transporte. Je suis la victime éternelle.

Mais si j’accepte l’écrasement en moi, j’accepte aussi d’être l’écraseur : si j’avais pu, c’est moi qui aurait écrasé l’autre.

Je ne regrette pas seulement d’avoir été écrasé, mais de n’avoir pas pu me défendre.

Si j’accepte ça, de ne plus être dans un seul rôle, [et ce n’est pas une pensée, accepter n’est pas une pensée, c’est un changement d’état] si j’accepte de voir que j’ai été victime mais que j’aurais bien pu être tortionnaire, la distance que j’essayais d’imposer entre lui et moi, ma rancœur, ma haine, ma colère, mon refus, mon mépris n’a plus de raison d’être. C’est mon frère. Alors, j’ai réalisé quelque chose d’encore plus extraordinaire que de régler mon problème, celui de transporter de par le monde toujours la même relation au monde, j’ai, dans un lieu du monde, annulé la distance introduite entre deux mondes : celui du bourreau et celui de la victime. Cette distance annulée, c’est l’unité du monde. Pour se battre, il faut être deux.

Est-ce que notre projet est d’être une victime ? Est-ce que notre projet est d’être un bourreau ? Non, certainement pas, on ne peut pas avoir ce projet là. Et pourtant nous le sommes tous les jours. Ce n’est pas notre projet, nous ne voudrions pas l’être et pourtant nous le sommes. (Cherchez des exemples personnels à propos de tout et de n’importe quoi.)

Alors nous refusons : "Non je ne serai pas victime." "Non je ne serai pas bourreau." Et pourtant je le suis. J’introduis ou je maintiens du non-moi en moi : Je ne veux pas être la victime que je suis, je ne veux pas être le bourreau que je suis. Alors, c’est la guerre.

"Je vais encore me faire avoir, il va me proposer ça et je ne pourrai pas lui dire non.
-Hé bien si. Cette fois, il va voir ce qu’il en coûte.
-Ah merde ; le pauvre, il s’amenait gentiment pour une fois et moi qui lui rentre dedans...!" Etc.

Tout le temps je transporte ma guerre et forcément les autres y répondent.

"D’ailleurs moi, je veux la paix et je ne les lâcherai pas tant que je ne l’aurai pas. Et s’ils ne font pas ce que je veux, j’arrête de respirer !"

Si, au contraire, dans un moment propice, j’accepte, presque physiquement cette partie de moi qui est et qui a été la victime, qui est et qui a été le bourreau, [parce que c’est dans mon corps que se joue cette guerre, non pas en terme organique, mais en terme d’intention, le refus c’est quelque chose qui dit non et à quoi je n’ai pas accès par ma volonté consciente] alors je cesse la guerre avec moi-même et je cesse la guerre dans le monde. (Et non pas je fais cesser la guerre dans une partie du monde avec ma pancarte...)

Je cesse la guerre dans le monde.

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4. Le premier pas est un pas radoxal.

Pour sortir de l’enfer, il faut sauter dans les flammes, là où elles sont les plus hautes !1

Je voudrais bien ne plus avoir peur, mais j’ai peur de faire le premier pas. J’aimerais ne plus souffrir de la méfiance, mais je ne sais pas en qui avoir confiance...

Tant que l’on essaie de résoudre les problèmes sans entrer dedans, on ne résout rien. Pour avancer, il est nécessaire de faire un premier pas, les autres viendront ensuite.

Mais pour accepter, il suffit de cesser de refuser.

Quand on cesse de l’empêcher, le processus se déclenche tout seul. Apparaissent le désespoir, la rage, la peur, la tristesse, la colère, la jalousie, le manque ... On aurait beau essayer de les retenir, d’ailleurs, cela ne changerait pas grand chose : toutes ces émotions sont notre lot quotidien et habituel. La différence, quand on accepte de les rencontrer plus consciemment, c’est qu’on se rend compte finalement qu’elles appartiennent un peu à la situation présente, certes, mais beaucoup à une situation passée - qui n’est pas passée ! - disons une situation antérieure.

Socialement, exprimer ses émotions ou les laisser s’exprimer n’est pas toujours très bien supporté. Il vaut mieux s’assurer que ce genre de comportement pourra être accueilli, accepté. Mais la plupart du temps, ce ne sont pas les autres qui refusent cette expression, ce refus vient de nous.

Quoi qu’il en soit, qu’on l’accepte ou qu’on le refuse, le processus d’expression est là et nous fait vivre ce que nous avons à vivre.

Nous vivons pratiquement tout le temps sur ce mode transférentiel que ce soit en revivant une émotion ancienne dans le présent2 ou en produisant des objets, des relations, des idées, des œuvres, une vie qui nous ressemblent.

A qui d’autre voulez-vous qu’elles ressemblent d’ailleurs ?

Nos productions contiennent ainsi la marque de notre être, mais aussi de tout ce que nous n’avons pas digéré, pas intégré, de tout ce que nous avons filtré comme inacceptable. Bref de ce qui a été incorporé sans que nous puissions l’accepter comme une partie intégrante de nous-même, mais que nous retenons malgré tout, de peur d’apparaître tels que nous refusons d’être.

Si l’on inverse ce mouvement de retenue, si l’on exprime ce qui est venu s’imprimer, on nettoie les filtres en quelque sorte, on se laissera devenir qui on est.

Ce mouvement de non-retenue ne va pas toujours de soi, peut-être justement parce qu’il n’y a rien de spécial à faire et surtout pas le tri. On est très habitué à devoir faire quelque chose pour obtenir un résultat, que l’on tient à connaître à l’avance. Or, quand on part à la découverte de soi, premièrement, on n’est pas sûr de savoir qui on va rencontrer et deuxièmement tout ce qu’on a à faire, c’est de cesser de vouloir contrôler le "résultat" à l’avance.

C’est beaucoup !

En acceptant de vivre l’émotion que je refusais jusqu’à présent, je peux me rendre compte que cette histoire (ou cette mémoire) n’est pas seulement accidentelle ou subie, que j’y ai participé, que j’y participe, que j’en participe. J’en participe de deux manières : D’une part, le refus de participer est un choix et si c’est un choix, je peux revenir dessus. "Faites ce que vous voulez, moi, je n’en suis pas". Cette non-participation est une participation. Elle détermine la manière dont je peux percevoir l’origine de cette émotion et me maintient dans cette illusion : "J’ai subi et je suis victime et seulement victime de ce qui m’est arrivé. Donc le monde doit changer." D’autre part, si, par hasard, j’avais l’intention de devenir qui je suis, je peux sentir maintenant que cette histoire était nécessaire. Elle m’a constitué et elle me constitue. Je ne serais pas ce que je suis sans cette histoire. Et justement, mon but est de devenir qui je suis. Alors pourquoi continuer à la refuser ?

 

1. Cité par Arnaud Desjardins dans le Védanta et l’inconscient. Vous trouverez un entretien avec Arnaud Desjardins sur le site des Humains Associés.

2. Le plus souvent en faisant porter à un autre la responsabilité de nos propres émotions. Par exemple : "Si je suis en colère, c’est que tu me mets en colère".

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5. Origine : Faut-il toujours remonter à une source ?

On peut toujours reculer les limites du temps : petite enfance, naissance, vie antérieure, et chercher une origine.

On trouve l’origine, on la remet en ordre et puis, c’est bon, en route pour de nouvelles aventures !

Et si l’origine ne se trouve pas dans une vie antérieure, ce sera dans une autre... Qu’est-ce qu’il y a avant les vies antérieures ?

On a conservé une vision linéaire du temps : Je remonte de plus en plus loin dans le passé pour savoir d’où vient mon problème. Cela-même pose un problème. Je cherche l’origine et tant que je ne l’aurai pas trouvée, je chercherai.

Faut-il toujours remonter à une source ? À une phase de l’enfance, à la naissance, à une vie antérieure ?

En fait, il n’y a pas d’origine au traumatisme. Elle ne se conçoit que dans une vision linéaire du temps. Nous ne vivons réellement que dans le présent et dans ce présent tout est là. La naissance est juste une image, un instantané d’une situation complexe où il y a des choix douloureux à faire. Cet instantané est à l’image des présents passés et des présents futurs. Ce sont des instants qui s’offrent, que nous offrons à notre propre évolution.

Ils ne sont pas attachés à moi, je m’y attache, je m’attache à des pans de mémoire : "C’est ma vie, ce sont mes vies antérieures et je dois faire quelque chose pour que ça change, pour réparer." Il n’y a pas de faute, il n’y a rien à réparer, ce n’est pas mon karma que j’aurais à subir jusqu’à la fin de mes jours, ce sont des morceaux de mémoire qui demandent à ce qu’on cesse de les retenir.

Souvenez-vous : "Autant que nécessaire, notre corps nous fait répéter, comme si nous voulions apprendre par cœur, de peur d’oublier... que nous pouvons apprendre par le cœur."

Plutôt que de répétitions, nous vivons dans un éternel présent. Nous ne répétons pas au fur et à mesure du temps qui passe, nous vivons tout le temps la même chose, sous des formes que nous considérons comme variées.

Tout ça pour dire qu’il n’y a pas de traumatisme d’origine. La naissance n’est pas le traumatisme d’origine, c’est juste une tranche de vie à l’image de toutes les autres et réciproquement.

Il n’y a donc pas de source à laquelle remonter sur le mode : "Si je suis comme ça aujourd’hui, c’est parce que ma naissance... ou ma vie antérieure..."

La souffrance ne persiste que parce qu’on la maintient en attendant que le passé se soit passé autrement

Dans le présent, je maintiens que c’est l’autre qui m’a mis dans cette situation et que c’est à lui de m’en sortir. C’est lui qui m’a mis au chômage, qui m’a quitté, qui m’a frustré, qui ne m’a pas donné assez, qui m’a empêché de , et sans cela, je pourrais vivre comme ça et avec ceci, je pourrais vivre comme ci.

En reconnaissant que c’est moi qui suis blessé, j’atteins un point de responsabilité où j’ai le choix de maintenir la souffrance, ou au contraire, de m’en libérer.

Il ne s’agit pas de revivre sa naissance ou une vie antérieure pour dire ça y est, je sais d’où ça vient ! Il s’agit de vivre l’émotion présente, c’est le moteur de recherche, jusqu’à accéder au lieu d’origine : notre responsabilité.

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6. Croyances : Ne limitez pas l'expérience des autres à vos croyances.

Vous pouvez croire en Dieu ou en la Science, avoir une religion, croire à la psychanalyse, à la réincarnation, à la programmation neuro-linguistique, à l’analyse transactionnelle, à la bioénergie, à la Gestalt, aux thérapies comportementale ou cognitive, aux anges... Le tout est de savoir ce que vous faites de cette croyance, comment vous l’utilisez.

Si vous l’utilisez pour dire : "Ça y est, j’ai atteint le summum de moi-même grâce à ceci ou à cela, si vous l’utilisez pour dire je suis malheureux à cause de ma vie parmi les égyptiens ou les indiens de tel siècle, vous ne faites que stabiliser un processus, c’est à dire cesser d’avancer.

Si, en plus vous cherchez à imposer vos croyances aux autres (quoique croire en l’autre, ne soit pas si mal), vous devenez carrément "dangereux". Vous créez de nouvelles sources de violence. Vos croyances vont se cogner aux croyances des autres et prouver leur inefficacité. Vous n’aurez plus qu’à tuer l’autre pour prouver que votre croyance était supérieure. Dans ce cas, la croyance la plus efficace est celle qui tue le plus vite.

La solution qui consiste à ne rien croire n’est pas meilleure, surtout si encore une fois, vous cherchez à l’imposer.

Je crois que toutes les croyances peuvent être utiles tant qu’on ne les utilise pas pour nier les croyances de l’autre ou plutôt je crois que toutes les croyances sont inutiles si elles sont prétexte à cesser d’évoluer tout en prétendant continuer à le faire.

Comment je l’utilise cette croyance ? Est-ce que je l’utilise pour la réconciliation, pour pouvoir dépasser mes limitations actuelles ?

Je peux croire que j’ai été assassiné par mes ennemis, ou torturé, ou que j’ai perdu un grand amour dans une vie antérieure et que c’est pour cela que j’en veux au monde encore maintenant ou que je cours désespérément après le grand amour. À quoi ça sert si je ne suis pas capable de pardonner, de me réconcilier, sinon à trouver dans cette croyance un prétexte à la haine ordinaire : "Je suis comme ça.", un prétexte pour goûter à l’infini cette émotion qui m’a anéanti ?

À quoi sert la psychanalyse si je l’utilise pour circonscrire la réalité (et exclure de cette réalité ceux qui n’y croient pas). À quoi bon ne plus avoir peur des ascenseurs ou des araignées si c’est pour se croire guéri ; ou savoir que l’on est dans son enfant ou dans son parent si c’est pour y rester ou ne voir l’autre qu’à travers ces grilles, c’est à dire encore une fois pour figer le mouvement du monde ?

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7. Niveaux de changement : Les lettres d'Amélie.

Je voulais tenter d’expliquer comment s’emboîtent les niveaux de changements quand je suis retombé par hasard sur les lettres d’Amélie Piednez dont l’éloquence n’a d’égale que la saveur. Je vous en livre ici quelques extraits qui valent bien des discours.
 
"... quelque chose ne va pas et je souhaite que ça change.
Je vis depuis 2 ans avec la même personne et plus rien ne se passe.
Remarquez, il y a trois ans, j’aurais aussi bien pu vous dire :
- Depuis des années, je n’arrive pas à stabiliser une relation amoureuse ni d’ailleurs une situation professionnelle... ou je viens de quitter ou d’être quittée... ou encore je ne m’entends plus avec...
Bref, j’entame une psychothérapie et au bout de quelques séances, alors là, mais alors là... j’arrive à vivre une émotion que j’avais refoulée depuis des années : Je n’avais jamais réussi à lui dire que je n’aimais pas sa manière de laisser traîner le linge sale dans la chambre et que j’en avais marre de laver ses chaussettes ni [à son patron, je suppose] que ses méthodes de travail étaient complètement nulles, que s’il me laissait faire, on pourrait aller beaucoup plus vite, gagner plus d’argent et moi je pourrais avoir une augmentation (et peut-être même qu’on pourrait s’associer?).
Alors, ça y est. Face à mon thérapeute, j’ai exprimé ma colère qui était rentrée depuis si longtemps. La charge diminue et je peux m’affirmer calmement devant mon compagnon et mon patron. D’ailleurs eux-mêmes constatent que j’ai changé. Ils apprécient tout en se demandant jusqu’où ça ira.
Je décide que j’ai remis ma vie en ordre et que ma psychothérapie est terminée."
 
Quelques temps plus tard, 3 mois, trois ans ou trente ans après, je ne sais plus, Amélie n’a jamais daté ses lettres.
 
"... je découvre que ce que je ne supportais pas chez mon compagnon ni chez mon patron - d’ailleurs je les ai changés tous les deux - c’était la même chose que je ne supportais pas chez ma mère ni chez mon père. Cette manie de me faire ranger mes affaires et cette incapacité à voir en moi quelqu'un d’intelligent et de sensible... je ne les ai jamais supportées chez les autres et j’ai pu le crier pendant quelques séances. Alors, cette fois, je suis libérée parce que ça me permet de découvrir que si je leur en veux, c’est que je m’en veux à moi d’avoir supporté ça si longtemps. J’ai découvert une chose (au moins), c’est que je m’opprimais moi-même. Maintenant je peux reprendre les rênes de ma vie (et non pas les rennes du père Noël, j’ai vérifié dans le dictionnaire), ma psychothérapie est terminée.
Je ne vais pas supporter ce psy plus longtemps non plus.
Je suis li-bé-ré-e.
 
3 mois, 3 ans ou trente ans plus tard.
 
"...j’ai quelques angoisses. Cette libération n’a duré qu’un temps, elle s’est amenuisée. J’ai fait quelques concessions en adulte responsable. On ne peut pas tout le temps envoyer tout balader...
Mais surtout, dans certaines situations, je me sens insidieusement mal, comme étouffée. Il y a des lieux et des situations que j’évite. Je ne supporte plus du tout ces soirées ennuyeuses à mort, je préfère rester chez moi. En même temps, je ne comprends pas, moi qui aimais tant sortir...
Je reprendrais bien une thérapie, mais pour si peu... Je me sens un peu bizarre, mais je n’ai pas grand-chose à dire. Peut-être qu’il faudrait que j’aille voir quelqu’un qui s’occupe du corps. Oui, c’est ça, je sens que j’en ai besoin.
Je reprends mon courrier pour vous dire que ÇA Y EST , j’ai revécu ma naissance ! Ah, c’était dur, ah j’en ai chié, ah, elle m’en a fait bavé la vieille. Quand je pense que j’ai fait la même chose à mes gosses !
Mais ouf !, cette fois, je respire. Et j’ai bien vu qu’elle n’y était pour rien. A l’époque, l’accouchement sans douleur n’existait même pas. Quand je pense à ce qu’elle-même a vécu! Moi aussi je lui en ait fait bavé.
C’est drôle, depuis que j’ai revécu ma naissance, nous sommes devenues copines. Une nouvelle vie a commencé."
 
Plus tard.
 
C’est bizarre, ça revient. Je croyais pourtant m’en être débarrassée. Il y a comme des trucs qui me collent à la peau.
Au moment de ma naissance, en fait, je crois bien qu’il s’est passé quelque chose. Mon père lui a fait un enfant dans le dos et moi je me suis présentée par le siège. Ça m’a toujours fait l’effet d’être sur un strapontin ! Il faudra que je lui pose des questions.
Et puis ce qui est bizarre aussi, c’est qu’il y a des personnes que je ne peux absolument pas voir, ça fait des étincelles tout de suite. Pourtant je leur ai rien fait, ils ne m’ont rien fait.
Et le plus étrange, c’est qu’en ce moment, j’ai trois prétendants et que je n’arrive pas à choisir. Ils sont là, à me faire le siège (!) et c’est comme si je les repoussait tous...
Ça y est ! J’ai revécu ma vie antérieure !
Ça se passait en Bretagne, dans l’enceinte d’un petit village gaulois et tous ces romains, ils nous ont jamais eus. Sauf que bien-sûr, ils nous ont affamés. On a fini par se bouffer entre nous et pour finir ils m’ont capturée. Les salauds ! J’ai rien dit. Il a fallu qu’ils m’achèvent, mais j’ai rien dit."
 
Un peu plus tard.
 
"Ah c’est chouette, maintenant j’apprécie la vie, je la goûte par tous les pores de ma peau. Je me suis trompée, c’est pas une vie antérieure bien-sûr, c’est des milliers. J’ai fait l’Egypte, le Mexique, l’Inde, Vénus, l’Atlantide ; super l’Atlantide. La semaine prochaine, je pars encore en Séminaire. C’est chouette, ma vie a changé.
Tout le temps que j’ai, je le passe à ça. L’argent aussi d’ailleurs, mais avec ce nouveau boulot, j’ai à la fois du temps et de l’argent.
Il n’y a qu’un truc, c’est que je n’ai jamais trouvé chaussure à mon pied. Mais enfin, il n’y en a aucun qui m’arrive à la cheville, c’est un peu normal. Non, vraiment, je préfère rester célibataire, j’ai pas de temps à perdre !"
 
De retour de séminaire.
 
"J’en peux plus. Ah, ils m’ont bien eue avec leur hypno-sophro-respiration neurolinguistique. Le talon d’Achille, mais c’est bien sûr. Pendant tout le stage, j’étais le talon d’Achille. Je comprends pourquoi je le supportais pas l’autre, avec ses chaussettes sales ! Toujours la guerre.La guerre des chaussettes. C’est pas le titre d’un film, ça ? Elles étaient pas sales d’ailleurs, elles étaient trouées. C’était donc ça. Ha ben l’inconscient, dis donc !
C’était juste ça qui m’empêchait d’aimer. Le coup du talon d’Achille. Tiens, c’est marrant, Achille, c’était mon grand-père. Je suis persuadée qu’il devait y en avoir du linge sale dans cette famille.
J’étais devenue invulnérable et tout ce qui me manquait, citadelle assiégée, c’était le talon d’Achille, l’ouverture. Merci Achille.
Vulnérabilité et invulnérabilité sont sur un bateau. Invulnérabilité pousse vulnérabilité. Qu’est-ce qui reste ? Le talon d’Achille !"
 
Epidialogue.
 
"Maintenant, je crois que je vais pouvoir vraiment commencer une psychothérapie, commencer à réellement prendre soin de mon âme. A moins que ça ne soit l’inverse.
- Mais puisque je vous dit qu’elle est terminée !"

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Le transport Amoureux

(prologue au premier et peut-être dernier épisode d'un feuilleton qui n'existe pas !)

 

Stevens avait reçu son ordre de mission des mains mêmes du colonel Anderson...

En fait, s’il s’agissait bel et bien d’une mission, encore que , le terme "ordre" n’était pas du tout approprié. Dans cette société, personne ne donnait d’ordre. Obtenir le consentement eût été plus juste si l’idée d’obtenir quelque chose avait encore eu cours.

Pourtant Stevens se sentait prêt à partir. Il aurait pu refuser, mais à quoi bon refuser ce qu’il avait lui-même décidé ?

Lui-même ou d’autres, d’ailleurs, cela ne faisait pas de différence. On aurait pu dire que la décision avait été prise, mais que personne ne l’avait prise. La décision ne s’était quand même pas prise toute seule ! Elle n’avait pas assez d’autonomie pour cela.

Alors comment savait-il qu’il devait partir ? Et partir pour où puisqu’il n’y avait pas d’ailleurs ?

Disons que s’il ne partait pas, du moins, devrait-il mourir un peu. Là, on s’approche subrepticement de la vérité que peuvent transcrire les mots. Oui, ce départ le déchirait légèrement.

On peut en déduire que le colonel Anderson n’existait pas. A quoi bon un colonel, si les décisions se prenaient toutes seules ? Un général, peut-être, on ne sait jamais, même quand il n’y a pas d’ailleurs, on peut avoir besoin d’au-delà.

En tous cas, il n’avait pas de mains, c’est ridicule. On ne pouvait pas recevoir quelque chose des mains de quelqu’un. Il n’y avait pas d’objets, à quoi bon avoir des mains ?

Donc, le colonel Anderson, non seulement n’existait pas, mais, il n’avait pas de mains. (Au pluriel, car s’il en avait eu, on peut supposer qu’il n’eût pas été manchot.).

Pour tout vous dire, Stevens ne s’appelait pas Stevens. Personne ne s’appelait Stevens pour la bonne raison que personne ne s’appelait tout court. (Tout court ne faisait plus partie du calendrier depuis bien longtemps.).

Disons que cette phrase aurait pu signifier quelque chose si elle avait décrit une situation humaine : C’est ce qu’aurait pu dire un observateur assez fin. C’est comme cela qu’il se serait représenté sa perception et qu’il aurait pu la transmettre. Mais, dans ce monde-là, personne n’observe, tout le monde participe.

Sachez simplement qu’une intention était née. Pas vraiment de rien, mais d’une instance que nos concepts ne peuvent décrire sans la transformer.

 


En guise de conclusion provisoire.

Comment peut-on encore être pour une pédagogie du développement personnel, quand on sait que forcément, si on est pour, d’autres seront contre ? (Humour !?)

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