Sauf mention contraire, les articles sont de Francis Lemaire.
Michel est calligraphe, boulanger, et non-violent. Michel est bien plus que cela, mais je ne sais pas tout de lui. Au cours dune discussion à propos du Larzac, il en est venu à me dire "Ils ont gagné contre." Les paysans ont gagné, mais ils ont gagné contre les militaires. Quelques temps plus tard, lors dun colloque pour le 50ème anniversaire de la mort de Gandhi, une des questions était à peu près celle-ci : "La non-violence est-elle une technique ou un art de vivre?" Certains répondront un peu vite, - les deux mon capitaine. Pour moi, il est clair que si la non-violence est une technique, elle nest pas non-violente. Si on sépare le but du moyen de latteindre -la technique- on crée de la violence. Vous me direz peut-être quil faut que le but aussi soit non-violent. Mais dans ce cas, on divise le monde en buts non-violents et en buts violents. Et tant quon divise le monde, on reste dans la violence.
Dans un de ses livres Arnaud Desjardins dit quelque chose comme ça : Gandhi nétait pas non-violent, parce que sil lavait été, il ne serait pas mort assassiné. En dehors du fait que cette phrase puisse être difficile à admettre, voire choquante, elle pose une question : Si Gandhi nétait pas non-violent, quest-ce alors que la non-violence ?
Et comment cesser la guerre ?
Il y a une différence entre faire cesser la guerre et cesser la guerre.
Si je cesse la guerre en moi, je cesse aussi la guerre dans le monde, et non pas je fais cesser la guerre : je sors mon drapeau blanc, je réconcilie, je recherche un compromis ou je menace les belligérants, je minterpose, non, effectivement, ça cest : "je fais cesser la guerre" (et ça ne marche pas dailleurs). "Je cesse la guerre". Entendez comme ça sonne bizarrement aux oreilles. Je cesse la guerre, "je" nest pas le sujet, cest la guerre qui cesse en moi, la guerre cesse, je nai rien dautre à faire que de cesser de lalimenter. Et mon voisin na plus (naura plus) aucune raison dentrer en guerre contre moi, je nai plus doccasion à lui donner, je ne lutte plus pour quil trouve la paix... ce qui lénervait tant !
1. Transmis à peu près en ces termes par Olivier Humbert.
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La guerre est lexpression violente de linimitié, le désir réciproque danéantissement de lautre, lennemi.
Lennemi peut être en moi, ou tout proche, ou très lointain. La guerre pourra donc être intérieure, ou avec mon prochain, ou entre deux armées lointaines.
Sommes-nous attentifs à nos guerres intérieures ?
Navons-nous pas quelquefois du mépris pour certaines parties de notre être ? Si nous entretenons amitié avec notre corps physique, sommes-nous aussi ami avec notre être psychique, nos sentiments, nos émotions ? Quant à notre être spirituel, celui qui exprime le sens de notre vie, notre époque ne cesse de le nier et il en résulte non-sens, peur de la mort et solitude.
Autour de nous, linimitié affecte notre famille, nos voisins, nos relations. Cest le conflit, souvent latent, parfois violent, et la plupart du temps mal résolu. La guerre entre nations est permanente. Ce que lon appelle paix nest en réalité quune guerre froide endémique. De nature économique ou idéologique, elle néclate pas trop souvent mais nous maintient dans la peur et la méfiance réciproques.
Pour que cesse cet état, il faut un retournement, une conversion. Mais conversion bien ordonnée commence par soi-même. "Corps-mémoire" est là pour aider à cesser de se faire la guerre à soi-même : Prendre conscience de ce qui nous empêche dêtre en paix, et trouver le remède.
Mais les conflits entre personnes ou entre groupes sont plus évidents.
Il y a des individus qui aiment le conflit et la bagarre, dautres qui en ont peur. Ceux qui laiment essaient de toute leur violence den sortir vainqueur, ou à défaut, de prendre leur revanche. Cela ne résout rien, mais entretient linimitié et la sensibilité des vieilles blessures non cicatrisées. Ceux qui ont peur du conflit lévitent, font semblant de ne pas le voir et se croient quittes quand la guerre néclate pas. Mais rien nest résolu si les problèmes demeurent.
Le conflit, quil ne faut pas confondre avec la violence, est une indication de la vie, une occasion de croissance que nous devons regarder en face et accepter sans peur. Cest loccasion de réviser nos relations, de les réajuster, afin que la paix soit également partagée et que cessent les antagonismes.
Quelle est lorigine du conflit ?
Des besoins non satisfaits, ou la peur quils le soient.
Des valeurs bafouées, ou la peur quelles le soient.
Quelle doit être la bonne résolution ? Quil ny ait aucun perdant, mais que chacun soit satisfait dans ses besoins et respecté dans ses valeurs.
Quels seront les moyens : La recherche commune, par les antagonistes eux-mêmes, de la solution satisfaisante.
On confond souvent solution et besoins : Chacun saccroche à sa solution, ce qui lempêche de voir quil en existe dautres, capables aussi de le satisfaire.
Parmi toutes les solutions envisagées ensemble, il faut trouver celle qui satisfait des besoins différents, causes du conflit.
Ce qui est difficile, quand on est en conflit, cest de chercher ensemble. Car chacun des antagonistes possède comme des morceaux dune clef quil faut reconstituer, ce qui exige coopération, donc communication. Souvent cette communication est rendue impossible par les blessures qui ont révélé le conflit. Le recours à un tiers savère alors nécessaire : cest la médiation, dans laquelle le médiateur agira à la façon dun catalyseur, facilitant la communication et laissant entièrement la solution entre les mains des parties.
Le contraire dun arbitrage. Notons au passage quon parle souvent de médiation en pensant arbitrage et même jugement, avec pouvoir du juge...
Sans approfondir plus la notion de médiation, citons Jean-François Six, fondateur de lInstitut National de la Médiation :
Je terminerai en évoquant Luc, chapitre 6, verset 27 à 38.
Que veut dire Jésus par "Aimez vos ennemis" sinon : "Cessons de nous faire la guerre" ? Non pas en déniant nos sentiments, en reniant nos besoins et nos valeurs ; mais avec la certitude que la paix est au-delà de lattachement à nos griefs, et que la volonté de paix peut nous faire entrer dans cet au-delà, et nous faire découvrir une forme de relation nouvelle qui engendre de nouveaux sentiments.
Ce qui est vrai au niveau personnel lest aussi au niveau collectif. Le grand mérite de Gandhi, cest davoir appliqué la morale inter-personnelle à la vie politique. Ce qui exigeait dabord dêtre en accord avec soi-même.
Tout se tient. Par quel endroit vais-je commencer ? En moi ? Près de moi ? Loin de moi ?
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1. Pour un vrai bien-être, faut bien naître!
Y a-t-il une vie après la naissance, après la péridurale, après la césarienne, après laccident ? Oui.
Oui, cette naissance aurait pu se passer différemment, et oui la vie continue, lamour est là et il apparaît à sa manière dans notre histoire particulière.
Oui, on peut certainement améliorer les conditions dans lesquelles se déroulent les accouchements et les naissances mais sil vous plaît nen faites pas un nouveau combat, une nouvelle guerre, celle des bonnes méthodes contre les mauvaises, celle des bons accoucheurs contre les mauvais, sous prétexte de vous occuper des civilisations futures.
Cest tentant le futur, mais on peut uvrer avec les personnes qui vivent actuellement, qui ont des enfants, qui en auront, et surtout qui ont été enfants et qui sont aussi passées par une naissance. Il est inutile de chercher à convaincre ou à imposer de meilleures méthodes pour les générations et les civilisations à venir si on ne peut pas proposer maintenant à ces personnes la possibilité datteindre en elles-mêmes le lieu de leur propre décision, de leur libre choix en ce qui concerne ce qui est bon pour elles.
Pour que ce lieu-là puisse être atteint, pour éviter que de génération en génération ne se répètent les mêmes souffrances, il est nécessaire de se réconcilier avec des vécus qui ont pu être traumatiques autour de notre propre naissance. Sinon on continuera à lutter en vain pour que la naissance change, alimentant au dessus de nos têtes la guerre entre différentes approches médicales qui toutes, à leur manière, cherchent à créer les meilleures conditions possibles pour la venue au monde des enfants à naître.
Car si une naissance est vécue dans la souffrance, ce nest pas seulement parce que la lumière était trop forte ou que le contact a été rompu trop rapidement, les gestes trop mécaniques, ce nest pas seulement parce quon a posé une question à la mère qui a réactivé son néocortex alors que ce nétait pas le moment, cest aussi parce quil y a des parties non acceptées de son propre vécu qui inhibent sa capacité à faire confiance au processus et à maintenir le contact avec lenfant qui est en train de naître. Parties delle-même non acceptées, non accessibles à sa conscience, non parlables, taboues et qui sont transmises telles quelles de naissance en naissance, de génération en génération.
Pour donner à naître librement, il faut donc se libérer de sa propre naissance. Laccouchement peut dailleurs en être une belle occasion, mais ce nest pas la seule.
Après laccouchement, lenjeu nest plus : "Suis-je pour ou contre la péridurale ou mon médecin est-il pour ou contre ?" mais, avec toute lémotion encore présente : "Quest-ce que je fais, moi, maintenant, de mon incapacité à refuser la péridurale comme je me létais promis ; ou bien du fait que je lai refusée mais que jai horriblement souffert ; ou encore que jai eu tellement mal, tellement longtemps que jai fini par la réclamer ?"
En somme à la question : "Comment bien faire ? Suis-je à la hauteur ? (...de la naissance que moi jaurais pu attendre de ma propre mère)", succède la question : "Comment jaccueille cet enfant, (ou comment lai-je accueilli), puis-je me montrer vraiment telle que je suis ?"
"Puis-je maccepter, avec mes peurs, mes faiblesses, mes manques, mes incertitudes mais aussi mes forces et ma responsabilité, de manière à ce que cet enfant puisse trouver son propre chemin vers la vie ?"
"Puis-je accepter maintenant la détresse que jai pu vivre ou refuser de vivre lors de ma propre naissance ?"
Offrir cette possibilité de réconciliation avec soi-même, à lapproche dune naissance ou pas, cest permettre aussi de se réconcilier avec cet épisode de sa vie quon a pu, un moment donné, espérer différent. Et ainsi de se réconcilier avec lenfant qui a pu en souffrir et qui naura plus à transmettre aveuglément un contenu de souffrances dont il ne peut que deviner les contours.
Peu importe que toutes les conditions idéales naient pas été réunies ce jour-là pourvu que lon puisse laccepter, se pardonner à soi-même. Et peu importe si on nen est pas capable, nos enfants le seront peut-être. Pourquoi ajouter de la culpabilité à la difficulté ?
2. Les états de conscience transpersonnelle.
Dans le dernier numéro, nous avons tenté de donner une image de limpact de la naissance sur nos vies entières.
Nous avons donné une idée de la manière dont nous transportons dans le monde, au travers des matrices périnatales fondamentales, les combats titanesques auxquels nous avons eu affaire lors de notre naissance.
Il convient de préciser maintenant que ces matrices qui structurent notre représentation du monde (dont la majeure partie est inconsciente) contiennent des éléments de mémoire ou de conscience qui dépassent à la fois notre histoire personnelle et notre conscience ordinaire.
Autrement dit, toute sa vie, on peut avoir des impressions latentes de souvenirs qui ne cadrent pas avec ce que nous savons du déroulement de notre vie (dont ce que lon nomme couramment des vies antérieures). On peut aussi vivre sous linfluence de ces morceaux de mémoire sans en avoir conscience ; vivre naturellement le monde à la lumière de notre expérience mais sans être conscient de la totalité de notre expérience. Depuis Freud, en occident, on sait que lon refoule des pans de notre expérience, mais il était entendu quil sagissait dune expérience qui nous appartenait, qui appartenait à notre biographie. Aujourdhui nous parlons de conscience transpersonnelle, qui dépasse notre personne et qui la traverse.
Pourquoi est-ce important ? Parce que cest au travers de nos représentations que nous rencontrons le monde, lautre, les autres, les situations sociales. Quand deux personnes se rencontrent, ce sont deux mondes, deux mondes des représentations si vous préférez, qui se rencontrent et le plus souvent qui sentrechoquent. Parce que dans ces représentations se trouvent toutes nos guerres, toutes les guerres que nous poursuivons y compris si ce ne sont pas les nôtres et ce, malgré tous nos efforts pour les faire taire.
Toute la haine contenue dans la matrice dite périnatale fondamentale, cest la même que celle que lon va ressentir quand un petit camarade nous donnera un coup de pied dans les tibias, quand notre père nous empêchera de faire une bêtise, selon lui, et cest la même haine que lon a eue face au tortionnaire nazi, face à celui qui a kidnappé notre enfant etc.
Cest la même colère contre cette matrice qui ne nous aide pas à naître que celle que nous éprouverons quand notre mère refusera un "caprice" ou quand notre collègue ne fait pas ce qui était prévu et flanque tous nos espoirs par terre. Cest la même tristesse face à notre impuissance que quand nous navons pas pu retenir quelquun qui sen allait et cest la même peur, quon ne cesse de vouloir oublier, face à toutes les douleurs et face à notre mort.
Toutes ces émotions et toutes les autres sont déjà là le jour de notre naissance et nous les transportons dans le temps, inscrites dans notre corps. Cest lui qui se souvient, cest lui qui transporte cette mémoire bien en deçà de la conscience que nous pouvons en avoir.
La haine contre ceux qui nous agressent, la colère contre ceux qui nous empêchent, la tristesse de l'échec ou de la séparation, la peur dêtre remis en cause dans notre existence sont là de manière intemporelle et nous amènent à nous protéger, à nous en défendre en permanence.
Si rencontrer lautre fait partie de notre vie, , forcément, on va le toucher, latteindre et forcément parfois, on va latteindre au niveau de ses blessures, tout comme nous pouvons être atteint, et tout de suite, ce sera la guerre. Si tu matteins là où jai mal, là où je naccepte pas davoir été blessé, tu me fais mal et cest toi que je repousse. Et donc il ny a pas de place pour deux en cet endroit, deux ego se rencontrent, ils se cognent.
Quest-ce que cet ego dont tout le monde (spirituel) souhaite la mort ?
Eh bien lego, cest tout simplement ce qui refuse de mourir en nous. Ça ne fait pas plaisir de mourir. Encore moins si on meurt assassiné, torturé... On refuse de mourir bêtement, avant la fin de sa vie (!), alors quon était en train de réussir une uvre grandiose, ou alors que lon a raison mais que lautre est le plus fort, que cest notre ennemi et que nous sommes vaincu, mourir trahi, ou mourir ayant trahi. Alors ça non, forcément on dit non. On refuse, le corps refuse.
Une intention-contre naît. Je moppose. Ne pouvant mopposer très longtemps, je finit par me retirer de cet espace où je souffre. Je nie la souffrance, ce nest pas moi qui souffre. Je crée ainsi un espace corporel, une couche de contact doù je mabsente. Et dans cette couche va venir se loger tout ce que je refuse. Je ne suis plus directement en contact avec les autres. Le contact avec les autres se fait au travers de cette couche. Un monde de représentations vient sintercaler entre moi et lautre. Jai créé une discontinuité dans le monde. En un mot, jen tiens une couche !
Cest dans cet espace que nos guerres se rencontreront.
Inconsciemment je ne veux pas être torturé, ou je ne veux pas être montré du doigt, exclu, trahi, lapidé, passé au bûcher, décapité, rien de tout cela. Et pourtant, dans mon attitude, dans mon contact, quelque chose appelle cela. "Sil a peur, et ça se voit, ça se sent même si lautre non plus nen est pas conscient, cest quil a quelque chose à se reprocher et toc, sil se le reproche, cest quil est coupable, sil est coupable, il ny a pas de raison de ne pas lui taper dessus pour le bien de tous." Je cherchais seulement à éviter dêtre torturé, persécuté et cest juste ce qui arrive.
Comment faire pour que ça narrive pas ?
Je dois, cest mon devoir si je veux que cesse la guerre, éviter déviter, cesser de refuser, et me rendre conscient.
Note : D'autres expériences de conscience transpersonnelle peuvent être difficiles à intégrer dans notre représentation de la réalité quotidienne, il s'agit des NDE ou Expériences de Mort Imminente EMI, en français. Pour plus d'information, visitez le site du docteur J.P. Jourdan
Les Québécois pourront être intéressés par le réseau québécois du transpersonnel qui propose un bulletin ainsi que des rencontres-conférences mensuelles.
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3. Il y a des lieux de nous-mêmes où la guerre doit cesser.
Il y a des lieux de nous-même où la guerre doit cesser.
Le reste de la réalité se réorganisera spontanément.
Si on veut la paix, il est nécessaire et il suffit daller en cet endroit de nous-même où lon peut faire cesser le combat et cest le plus difficile. Cest pourtant la seule chose que nous ayons à faire. Et si je veux proposer un mouvement pour la paix, cest ce lieu que je dois proposer de rejoindre.
La violence naît de la séparation que nous établissons entre nous et les objets, le reste du monde. À partir du moment où lon considère objectivement une chose ou une personne, cela devient un objet séparé, nous divisons le monde et la violence est possible. À linverse, si je ne me vis pas comme un objet séparé du monde qui mentoure, la violence nest plus possible parce que je perçois le tort que je me fais en étant violent. Cest facile à remarquer. La plupart dentre nous sommes capables de manger un bifteck mais pas de tuer un lapin. Je peux être le bourreau parce que lautre nest plus un autre être humain, cest juste celui qui a été désigné pour être ma victime. Pour la victime, cette situation est insupportable. On ne peut pas accepter dêtre une victime, on ne peut pas accepter de mourir injustement. On ne peut accepter aucune des raisons de guerre : être envahi, être différent, être opprimé, être moins riche, devoir partager le pouvoir avec son voisin ou avec le pays voisin. Aucune de ces raisons nest acceptable quand on la subit.
Pour que la guerre cesse, il ny a quune position de la conscience que je doive atteindre, et elle nest pas imaginaire, cest la position qui va relier le bourreau et la victime dans le même monde, qui va réduire à néant lespace qui les sépare. Ce nest pas une opération mathématique. Cesser de séparer, de diviser, faire corps avec le monde, et la victime fera corps avec le bourreau... quelle aurait très bien pu être , quelle est quelque fois sans vergogne. Les rôles sont interchangeables, et cest nous qui les tenons.
Une seule solution : faire corps avec cette émotion que je refuse et comme je ne sais même pas que je la refuse, faire corps avec ce refus : Je ne sens rien, jai peur des autres, jai peur du regard des autres... Et dans un premier temps, je peux marrêter là, en exprimant cette peur, jai amorcé le mouvement de lintérieur vers lextérieur. Exprimer cette peur ne suffira pas pour lannuler, mais ça permet de la reconnaître, de laccepter comme une partie de nous-même et non plus de la laisser comme une partie abandonnée et manipulable par les autres.
Je ne veux pas être victime, alors je fais tout ce que je peux pour éviter. Je menferme dans mon évitement et je suis encore bien plus vulnérable.
Reste à savoir comment je fais pour pénétrer dans cet espace personnel ou transpersonnel que jai laissé à lautre. Comment je fais pour cesser de transporter mon monde partout où je me déplace ? Si je suis aliéné, sil y a du non-moi en moi, cest parce que je le refuse.
Pour faire cesser lexistence de non-moi en moi, il faut que jaccepte que ce non-moi soit moi. Il ny aura plus que moi.
Je ne peux pas accepter que lon ait voulu me faire tant de mal, quon mécrase à ce point, je naccepte pas cet écrasement et je le transporte. Je suis la victime éternelle.
Mais si jaccepte lécrasement en moi, jaccepte aussi dêtre lécraseur : si javais pu, cest moi qui aurait écrasé lautre.
Je ne regrette pas seulement davoir été écrasé, mais de navoir pas pu me défendre.
Si jaccepte ça, de ne plus être dans un seul rôle, [et ce nest pas une pensée, accepter nest pas une pensée, cest un changement détat] si jaccepte de voir que jai été victime mais que jaurais bien pu être tortionnaire, la distance que jessayais dimposer entre lui et moi, ma rancur, ma haine, ma colère, mon refus, mon mépris na plus de raison dêtre. Cest mon frère. Alors, jai réalisé quelque chose dencore plus extraordinaire que de régler mon problème, celui de transporter de par le monde toujours la même relation au monde, jai, dans un lieu du monde, annulé la distance introduite entre deux mondes : celui du bourreau et celui de la victime. Cette distance annulée, cest lunité du monde. Pour se battre, il faut être deux.
Est-ce que notre projet est dêtre une victime ? Est-ce que notre projet est dêtre un bourreau ? Non, certainement pas, on ne peut pas avoir ce projet là. Et pourtant nous le sommes tous les jours. Ce nest pas notre projet, nous ne voudrions pas lêtre et pourtant nous le sommes. (Cherchez des exemples personnels à propos de tout et de nimporte quoi.)
Alors nous refusons : "Non je ne serai pas victime." "Non je ne serai pas bourreau." Et pourtant je le suis. Jintroduis ou je maintiens du non-moi en moi : Je ne veux pas être la victime que je suis, je ne veux pas être le bourreau que je suis. Alors, cest la guerre.
Tout le temps je transporte ma guerre et forcément les autres y répondent.
"Dailleurs moi, je veux la paix et je ne les lâcherai pas tant que je ne laurai pas. Et sils ne font pas ce que je veux, jarrête de respirer !"
Si, au contraire, dans un moment propice, jaccepte, presque physiquement cette partie de moi qui est et qui a été la victime, qui est et qui a été le bourreau, [parce que cest dans mon corps que se joue cette guerre, non pas en terme organique, mais en terme dintention, le refus cest quelque chose qui dit non et à quoi je nai pas accès par ma volonté consciente] alors je cesse la guerre avec moi-même et je cesse la guerre dans le monde. (Et non pas je fais cesser la guerre dans une partie du monde avec ma pancarte...)
Je cesse la guerre dans le monde.
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4. Le premier pas est un pas radoxal.
Pour sortir de lenfer, il faut sauter dans les flammes, là où elles sont les plus hautes !1
Je voudrais bien ne plus avoir peur, mais jai peur de faire le premier pas. Jaimerais ne plus souffrir de la méfiance, mais je ne sais pas en qui avoir confiance...
Tant que lon essaie de résoudre les problèmes sans entrer dedans, on ne résout rien. Pour avancer, il est nécessaire de faire un premier pas, les autres viendront ensuite.
Mais pour accepter, il suffit de cesser de refuser.
Quand on cesse de lempêcher, le processus se déclenche tout seul. Apparaissent le désespoir, la rage, la peur, la tristesse, la colère, la jalousie, le manque ... On aurait beau essayer de les retenir, dailleurs, cela ne changerait pas grand chose : toutes ces émotions sont notre lot quotidien et habituel. La différence, quand on accepte de les rencontrer plus consciemment, cest quon se rend compte finalement quelles appartiennent un peu à la situation présente, certes, mais beaucoup à une situation passée - qui nest pas passée ! - disons une situation antérieure.
Socialement, exprimer ses émotions ou les laisser sexprimer nest pas toujours très bien supporté. Il vaut mieux sassurer que ce genre de comportement pourra être accueilli, accepté. Mais la plupart du temps, ce ne sont pas les autres qui refusent cette expression, ce refus vient de nous.
Quoi quil en soit, quon laccepte ou quon le refuse, le processus dexpression est là et nous fait vivre ce que nous avons à vivre.
Nous vivons pratiquement tout le temps sur ce mode transférentiel que ce soit en revivant une émotion ancienne dans le présent2 ou en produisant des objets, des relations, des idées, des uvres, une vie qui nous ressemblent.
A qui dautre voulez-vous quelles ressemblent dailleurs ?
Nos productions contiennent ainsi la marque de notre être, mais aussi de tout ce que nous navons pas digéré, pas intégré, de tout ce que nous avons filtré comme inacceptable. Bref de ce qui a été incorporé sans que nous puissions laccepter comme une partie intégrante de nous-même, mais que nous retenons malgré tout, de peur dapparaître tels que nous refusons dêtre.
Si lon inverse ce mouvement de retenue, si lon exprime ce qui est venu simprimer, on nettoie les filtres en quelque sorte, on se laissera devenir qui on est.
Ce mouvement de non-retenue ne va pas toujours de soi, peut-être justement parce quil ny a rien de spécial à faire et surtout pas le tri. On est très habitué à devoir faire quelque chose pour obtenir un résultat, que lon tient à connaître à lavance. Or, quand on part à la découverte de soi, premièrement, on nest pas sûr de savoir qui on va rencontrer et deuxièmement tout ce quon a à faire, cest de cesser de vouloir contrôler le "résultat" à lavance.
Cest beaucoup !
En acceptant de vivre lémotion que je refusais jusquà présent, je peux me rendre compte que cette histoire (ou cette mémoire) nest pas seulement accidentelle ou subie, que jy ai participé, que jy participe, que jen participe. Jen participe de deux manières : Dune part, le refus de participer est un choix et si cest un choix, je peux revenir dessus. "Faites ce que vous voulez, moi, je nen suis pas". Cette non-participation est une participation. Elle détermine la manière dont je peux percevoir lorigine de cette émotion et me maintient dans cette illusion : "Jai subi et je suis victime et seulement victime de ce qui mest arrivé. Donc le monde doit changer." Dautre part, si, par hasard, javais lintention de devenir qui je suis, je peux sentir maintenant que cette histoire était nécessaire. Elle ma constitué et elle me constitue. Je ne serais pas ce que je suis sans cette histoire. Et justement, mon but est de devenir qui je suis. Alors pourquoi continuer à la refuser ?
1. Cité par Arnaud Desjardins dans le Védanta et linconscient. Vous trouverez un entretien avec Arnaud Desjardins sur le site des Humains Associés.
2. Le plus souvent en faisant porter à un autre la responsabilité de nos propres émotions. Par exemple : "Si je suis en colère, cest que tu me mets en colère".
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5. Origine : Faut-il toujours remonter à une source ?
On peut toujours reculer les limites du temps : petite enfance, naissance, vie antérieure, et chercher une origine.
On trouve lorigine, on la remet en ordre et puis, cest bon, en route pour de nouvelles aventures !
Et si lorigine ne se trouve pas dans une vie antérieure, ce sera dans une autre... Quest-ce quil y a avant les vies antérieures ?
On a conservé une vision linéaire du temps : Je remonte de plus en plus loin dans le passé pour savoir doù vient mon problème. Cela-même pose un problème. Je cherche lorigine et tant que je ne laurai pas trouvée, je chercherai.
Faut-il toujours remonter à une source ? À une phase de lenfance, à la naissance, à une vie antérieure ?
En fait, il ny a pas dorigine au traumatisme. Elle ne se conçoit que dans une vision linéaire du temps. Nous ne vivons réellement que dans le présent et dans ce présent tout est là. La naissance est juste une image, un instantané dune situation complexe où il y a des choix douloureux à faire. Cet instantané est à limage des présents passés et des présents futurs. Ce sont des instants qui soffrent, que nous offrons à notre propre évolution.
Ils ne sont pas attachés à moi, je my attache, je mattache à des pans de mémoire : "Cest ma vie, ce sont mes vies antérieures et je dois faire quelque chose pour que ça change, pour réparer." Il ny a pas de faute, il ny a rien à réparer, ce nest pas mon karma que jaurais à subir jusquà la fin de mes jours, ce sont des morceaux de mémoire qui demandent à ce quon cesse de les retenir.
Souvenez-vous : "Autant que nécessaire, notre corps nous fait répéter, comme si nous voulions apprendre par cur, de peur doublier... que nous pouvons apprendre par le cur."
Plutôt que de répétitions, nous vivons dans un éternel présent. Nous ne répétons pas au fur et à mesure du temps qui passe, nous vivons tout le temps la même chose, sous des formes que nous considérons comme variées.
Tout ça pour dire quil ny a pas de traumatisme dorigine. La naissance nest pas le traumatisme dorigine, cest juste une tranche de vie à limage de toutes les autres et réciproquement.
Il ny a donc pas de source à laquelle remonter sur le mode : "Si je suis comme ça aujourdhui, cest parce que ma naissance... ou ma vie antérieure..."
La souffrance ne persiste que parce quon la maintient en attendant que le passé se soit passé autrement
Dans le présent, je maintiens que cest lautre qui ma mis dans cette situation et que cest à lui de men sortir. Cest lui qui ma mis au chômage, qui ma quitté, qui ma frustré, qui ne ma pas donné assez, qui ma empêché de , et sans cela, je pourrais vivre comme ça et avec ceci, je pourrais vivre comme ci.
En reconnaissant que cest moi qui suis blessé, jatteins un point de responsabilité où jai le choix de maintenir la souffrance, ou au contraire, de men libérer.
Il ne sagit pas de revivre sa naissance ou une vie antérieure pour dire ça y est, je sais doù ça vient ! Il sagit de vivre lémotion présente, cest le moteur de recherche, jusquà accéder au lieu dorigine : notre responsabilité.
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Vous pouvez croire en Dieu ou en la Science, avoir une religion, croire à la psychanalyse, à la réincarnation, à la programmation neuro-linguistique, à lanalyse transactionnelle, à la bioénergie, à la Gestalt, aux thérapies comportementale ou cognitive, aux anges... Le tout est de savoir ce que vous faites de cette croyance, comment vous lutilisez.
Si vous lutilisez pour dire : "Ça y est, jai atteint le summum de moi-même grâce à ceci ou à cela, si vous lutilisez pour dire je suis malheureux à cause de ma vie parmi les égyptiens ou les indiens de tel siècle, vous ne faites que stabiliser un processus, cest à dire cesser davancer.
Si, en plus vous cherchez à imposer vos croyances aux autres (quoique croire en lautre, ne soit pas si mal), vous devenez carrément "dangereux". Vous créez de nouvelles sources de violence. Vos croyances vont se cogner aux croyances des autres et prouver leur inefficacité. Vous naurez plus quà tuer lautre pour prouver que votre croyance était supérieure. Dans ce cas, la croyance la plus efficace est celle qui tue le plus vite.
La solution qui consiste à ne rien croire nest pas meilleure, surtout si encore une fois, vous cherchez à limposer.
Je crois que toutes les croyances peuvent être utiles tant quon ne les utilise pas pour nier les croyances de lautre ou plutôt je crois que toutes les croyances sont inutiles si elles sont prétexte à cesser dévoluer tout en prétendant continuer à le faire.
Comment je lutilise cette croyance ? Est-ce que je lutilise pour la réconciliation, pour pouvoir dépasser mes limitations actuelles ?
Je peux croire que jai été assassiné par mes ennemis, ou torturé, ou que jai perdu un grand amour dans une vie antérieure et que cest pour cela que jen veux au monde encore maintenant ou que je cours désespérément après le grand amour. À quoi ça sert si je ne suis pas capable de pardonner, de me réconcilier, sinon à trouver dans cette croyance un prétexte à la haine ordinaire : "Je suis comme ça.", un prétexte pour goûter à linfini cette émotion qui ma anéanti ?
À quoi sert la psychanalyse si je lutilise pour circonscrire la réalité (et exclure de cette réalité ceux qui ny croient pas). À quoi bon ne plus avoir peur des ascenseurs ou des araignées si cest pour se croire guéri ; ou savoir que lon est dans son enfant ou dans son parent si cest pour y rester ou ne voir lautre quà travers ces grilles, cest à dire encore une fois pour figer le mouvement du monde ?
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7. Niveaux de changement : Les lettres d'Amélie.
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Le transport Amoureux
(prologue au premier et peut-être dernier épisode d'un feuilleton qui n'existe pas !)
Stevens avait reçu son ordre de mission des mains mêmes du colonel Anderson...
En fait, sil sagissait bel et bien dune mission, encore que , le terme "ordre" nétait pas du tout approprié. Dans cette société, personne ne donnait dordre. Obtenir le consentement eût été plus juste si lidée dobtenir quelque chose avait encore eu cours.
Pourtant Stevens se sentait prêt à partir. Il aurait pu refuser, mais à quoi bon refuser ce quil avait lui-même décidé ?
Lui-même ou dautres, dailleurs, cela ne faisait pas de différence. On aurait pu dire que la décision avait été prise, mais que personne ne lavait prise. La décision ne sétait quand même pas prise toute seule ! Elle navait pas assez dautonomie pour cela.
Alors comment savait-il quil devait partir ? Et partir pour où puisquil ny avait pas dailleurs ?
Disons que sil ne partait pas, du moins, devrait-il mourir un peu. Là, on sapproche subrepticement de la vérité que peuvent transcrire les mots. Oui, ce départ le déchirait légèrement.
On peut en déduire que le colonel Anderson nexistait pas. A quoi bon un colonel, si les décisions se prenaient toutes seules ? Un général, peut-être, on ne sait jamais, même quand il ny a pas dailleurs, on peut avoir besoin dau-delà.
En tous cas, il navait pas de mains, cest ridicule. On ne pouvait pas recevoir quelque chose des mains de quelquun. Il ny avait pas dobjets, à quoi bon avoir des mains ?
Donc, le colonel Anderson, non seulement nexistait pas, mais, il navait pas de mains. (Au pluriel, car sil en avait eu, on peut supposer quil neût pas été manchot.).
Pour tout vous dire, Stevens ne sappelait pas Stevens. Personne ne sappelait Stevens pour la bonne raison que personne ne sappelait tout court. (Tout court ne faisait plus partie du calendrier depuis bien longtemps.).
Disons que cette phrase aurait pu signifier quelque chose si elle avait décrit une situation humaine : Cest ce quaurait pu dire un observateur assez fin. Cest comme cela quil se serait représenté sa perception et quil aurait pu la transmettre. Mais, dans ce monde-là, personne nobserve, tout le monde participe.
Sachez simplement quune intention était née. Pas vraiment de rien, mais dune instance que nos concepts ne peuvent décrire sans la transformer.
En guise de conclusion provisoire.
Comment peut-on encore être pour une pédagogie du développement personnel, quand on sait que forcément, si on est pour, dautres seront contre ? (Humour !?)
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