Au sommaire :
Cest le projet de découvrir, le projet daimer, le projet de réussir, de partager, le projet de construire (aussi des relations), le projet de passer un bon moment, le projet de faire ce pour quoi on sest senti appelé, le projet de cesser de vivre ce que lon na pas envie de vivre, de cesser de ressembler à qui on nest pas, ou de cesser de laisser croire que lon est quelquun dautre que soi-même ... et bien dautres choses que vous connaissez mieux que moi.
Bref, cest lorientation que nous donnons à notre vie, cest la tonalité que nous donnons à nos relations, cest ce qui donne du sens à nos autres projets, cest la base affective sur laquelle ils sinscrivent.
Le projet de vie, cest la dimension affective qui colore nos projets, quels quils soient .
Mais bien souvent, on ne la prend pas en compte .
Or, cest cette dimension qui agit soit comme moteur, pour sélancer au delà de nos limitations habituelles (ce qui nous projette en avant) ; soit comme frein, qui limite alors dune manière incontrôlable cet élan.
Il est donc nécessaire dapprendre à reconnaître et à intégrer cette dimension dans notre vie. Car, en préférant lignorer, on risque de rester prisonnier de décisions quon ne prend pas vraiment nous-mêmes .
Parce quil arrive que nous ayons été blessés affectivement, que nous ayons vécu des événements ou des situations tellement difficiles que nous navons pas pu les accepter comme des moments faisant partie de notre vie .Dans ces moments là, on se dit quelque chose comme : "Si cest ça la vie, alors jai moins envie ...de découvrir, de connaître, de partager...". Cest comme cela que lon apprend à restreindre, à limiter son projet de vie parce quon croit que cela va suffire à nous protéger.
A nous protéger... de la vie ?
Bien sûr ! On peut apprendre à vivre autrement les aléas de la vie, à ne pas jeter notre sensibilité avec les sensations difficiles. Il y a là une confusion très répandue - on jette le bébé avec leau du bain - parce quà certaines époques de notre vie, on n'a pas eu dautre moyen pour éviter de souffrir.
Notre éducation nous apprend aussi à garder à distance les mouvements de notre affectivité.
Comme tout cela a été appris, on a la chance de pouvoir aussi le changer .
Dabord, cela demande quand même davoir envie de changer quelque chose, ou éventuellement de reconnaître quon ne peut plus faire autrement que de changer, même si on ne sait pas exactement quoi.
Ensuite, il suffit de sentir ce qui nous touche : une émotion, un sentiment, une sensation sans chercher à masquer ou à retenir. Et on avance comme ça, on quitte petit à petit limage quon veut bien laisser apparaître de soi, pour sorienter vers soi, vers qui on est vraiment.
Cest donc très simple et pas du tout technique.
Ceci dit, dans la vie, on a souvent rencontré des événements ou des situations qui nous ont fait mal et qui nous ont empêché de rester vraiment nous-même. Cest pour cela que quelquefois, quand on souhaite redevenir soi-même, on retrouve des choses douloureuses.
Alors, on apprend à ne pas les éviter parce quon a déjà appris que si on cherche à les éviter, on nest plus fidèle à soi-même et on sait ce que lon perd.
Malgré tout, on garde le choix .
Une autre sorte de problème que lon nimagine pas toujours, cest que notre projet de vie vient de très loin...
Avant même davoir un cerveau capable danalyser ou de traduire en mots ce que notre corps pouvait ressentir, nous avions, ou plutôt, nous étions ce projet de vie. Cest à dire quelquun capable daller à la rencontre du monde, de le goûter, de tendre vers ce qui était bon pour lui et de se détourner de ce qui ne létait pas.
Mais voilà, la vie est parfois dure, et elle nous impose depuis le début des événements ou des situations qui nétaient pas inscrites dans notre projet (du moins, cest ce que lon croit). On aurait voulu être accueilli, aimé, pris dans les bras, ou avoir plus de liberté, pouvoir agir sur le monde, pouvoir exprimer sa colère, sa peur, sa tristesse, et on na pas toujours pu.
Tout cela nest pas forcément dans nos souvenirs, mais, parce que notre corps la vécu et senti, il porte encore aujourdhui ce qui na pas pu se dire et il lexprime à sa manière ; pour peu quon le laisse sexprimer, bien entendu.
Avec un peu dattention, chacun peut se rendre compte quil est capable de stopper une émotion, ou de la masquer, cest à dire de lempêcher de traverser son corps. Pour ne pas montrer sa peur , sa colère, sa tristesse... on va ravaler ses larmes, étrangler sa colère, serrer les dents, etc. On se donne une contenance, cest à dire quon tente de contenir les émotions qui pourraient déborder. Et si notre corps les contient, il peut aussi apprendre à les laisser apparaître.
Si lon a bien compris que nous apprenons à découvrir le monde depuis le tout début de notre existence, on saisit aussitôt que cest le sens du toucher qui, à laube des sens et de la vie, nous a permis de nous sentir bien ou mal , accueilli ou pas, en sécurité ou non...
Alors, il paraît naturel, pour renouer avec son affectivité et avec un projet de vie dont on peut percevoir quil senracine très profondément, de prendre contact à ce niveau.
Lapprentissage est toujours aussi simple : Il sagit de reprendre contact avec les sensations, les sentiments, les émotions qui sont là et qui peuvent venir à fleur de peau . Le contact tactile aide juste à montrer le chemin. Cest une invitation à se sentir touché dans son être de la même manière que quand on dit : "ce que tu dis me touche".
Je disais tout à lheure que lon avait appris à restreindre son projet de vie ; ce contact permet à la personne de lui redonner de lespace, un espace corporel en quelque sorte.
A lheure actuelle, les gens sont avides de techniques. ça rassure de croire quil suffirait dune technique pour chaque bobo de la vie. Est-ce que cela vous rassure de croire que vous pouvez vous programmer comme une simple machine ? Posez-vous la question. Au fond, est-ce que cela vous rassurerait dêtre une machine, une mécanique humaine qui fonctionne à merveille et quil faut juste entretenir de temps à autre ou réparer en cas de panne ?
Vous avez certainement déjà entendu cette phrase : "Je ne comprend pas, il avait tout pour être heureux..." Cela veut juste dire quil manquait lessentiel ; et cet essentiel nest pas technique.
Le seul mot dordre, cest : "Eviter déviter", éviter de refuser, éviter de faire comme si on nétait pas touché, affecté ; en un mot : accepter dêtre ce que lon est. Dune certaine manière, cela sapprend, mais on ne peut pas dire que cela soit une technique, cest plutôt un choix.
Cela veut dire que lon continue à souffrir des blessures que lon cherche à ignorer.
Par exemple, si jai incorporé le sentiment, ou la sensation, que je narriverai pas à dire ce que jai à dire, ou que je ne serai pas écouté (parce que cest comme ça que jai appris à connaître le monde), jai souvent deux attitudes à ma disposition : Soit je me tais, et je continuerai à penser que personne ne mécoute. Soit je deviens agressif pour essayer de faire passer ce que je veux dire, mais cela provoque chez lautre une réaction de défense, il se met sur ses gardes, ce qui lempêche de mécouter vraiment. Dans les deux cas, mon appréhension est confirmée.
En fait, je répète constamment des demandes qui nont pas été satisfaites. Jaurais voulu et je voudrais encore que le monde soit autrement quil nest ou quil na été.
Dans cet exemple, plutôt que daccepter le fait de ne pas avoir été entendu un jour, je passe mon temps et mon énergie à vouloir changer le monde, à vouloir faire en sorte que les autres mécoutent et, comme ça ne change pas, je recommence.
On ne comprend pas tout de suite que ce nest pas le monde qui doit changer, mais notre monde, celui de nos représentations. Ces dernières peuvent venir d'un passé très lointain et on na pas toujours, ni la conscience, ni les mots pour les exprimer
Mais le corps, lui, se souvient de tout cela et sa manière de nous faire accéder à la mémoire , cest de nous faire revivre les situations quil na pas pu accepter.
En ce sens, cest souvent la vie qui a des projets pour nous !
Comment savoir si on a besoin de se réconcilier avec son projet de vie ?
Ce nest pas toujours évident parce que, comme quand il nous dérange, on le met de côté, on finit par ne plus comprendre les signes quil nous fait parvenir.
La plupart du temps on est persuadé que lon maîtrise rationnellement sa vie et ses projets et que si lon avait besoin de changer, on le saurait. Dailleurs, on a déjà changé tout ce qui était possible : de femme ou de mari, de maison, de métier, damis, de voiture, de coiffure... tout ! Et ça na rien changé !
Voici tout de même quelques indices :
A chaque fois que vous vivez quelque chose qui ressemble à ça, vous pouvez essayer, même si votre situation est difficile, de laccepter comme une expression de votre projet de vie, une proposition de réconciliation. Donnez-vous la possibilité de le voir aussi comme un message despoir.
Lespoir de changer un monde : votre monde intérieur !
Francis Lemaire
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